Né à Rennes, en 1937

Les photographies d'Hervé GLOAGUEN témoignent de sa passion pour le jazz et l’art pictural de son temps depuis les années 60. Son travail fait de lui un témoin historique de cette période. Parfois légères et fugitives, parfois plus réalistes, elles semblent prendre la mesure de ce qui l'entoure tout en recherchant la tonalité qui s'harmonise avec le sujet. Il fait partie des fondateurs de l’agence de presse Viva, et est présent dans plusieurs musées du monde.

Oeuvres

Expositions & foires



Vidéos

Exposition "New York au temps d'Andy WARHOL"

2016

Biographie

EXPOSITIONS DANS LES MUSEES
2015-2016 : Participation à l’exposition « Warhol Unlimited », Musée d’Art Moderne de le Ville de Paris
2007 : « Rétrospective Viva », Musée du  Jeu de Paume Paris
2006 : « Rétrospective », Musée Robert Doisneau, Gentilly
1995: « De Saigon à Hô Chi Minh-Ville », Photographies noir et blanc, Centre Culturel Franco-Vietnamien, Paris.
1992 : « Le marché mondial  du sang », photographies couleur, Festival Visa pour l’image, Perpignan.
1989 : « Le miel et le bronze »,  50 portraits en couleur de femmes nomades au Niger. Arles, RIP, et Paris, Fondation du Crédit Foncier de France, Paris.
1982 : « Lyon, portrait d’une ville, Photographies couleurs », Lyon, Fondation Nationale de la Photographie
1975 : Arles, Rencontres Internationales de la Photographie
1974: 50 photographies d’artistes Français contemporains, Musée d’Art Moderne de Paris

EXPOSITIONS PERSONNELLES  (sélection)
Allemagne : Cologne (Galerie Wilde -VIVA)
Burkina Faso : Ouagadougou
France : Paris (Galerie Arcturus, Galerie Keller, Galerie Agathe Gaillard, Café les Editeurs, Fnac Montparnasse) ; Saint-Raphaël (Centre Culturel)
Italie : Milan (Galerie Diaframa -VIVA)
Royaume-Uni : Londres (London Photographers Gallery -VIVA); New Castle (Syde Galerie -VIVA)

COLLECTIONS PUBLIQUES
Canada : Musée des Beaux-Arts de Montréal
France : Centre Pompidou, Paris ; Musée Réattu, Arles ; Musée Nicéphore Niepce, Chalons sur Saône
Pays-Bas : Stedelijk Museum d’Amsterdam

BIBLIOGRAPHIE
2015 : « Au cœur du Jazz » –  CDP Editions
2009 : « A hauteur de Jazz  » – Edition La Martinière
1982 : « Lyon » – Edition Arthaud
1979 : « Loire Angevine » – Edition Chêne
1973 : « L’art actuel en France, du cinétisme à l’hyperréalisme  » – Edition André Balland

Hervé Gloaguen vient à Paris en 1958 pour étudier la photographie à l’ETPC, qu’il quitte au bout de 6 mois. Il reste photographe autodidacte jusqu’en 1960.

1960-1962 : Service militaire dans la Marine
1963 : Au vu de ses photos, le cinéaste Chris MARKER le recommande au magazine Réalités. Le photographe Gilles EHRMANN dont il devient l’assistant l’initie à la technique professionnelle et à la « création en toutes choses … »
1964 : Activité de free-lance. Premiers travaux professionnels pour EDF, Saint Gobain, et pour Réalités.
En 1965, passionné de Jazz, parcourant l’Europe et les Etats-Unis pour des commandes ou des reportages personnels, l’Art Contemporain le fascine, il photographie le peintre Andy WARHOL, le chorégraphe Merce CUNNINGHAM, le compositeur Karl Heinz STOCHAUSEN et réalise une série sur les plasticiens vivant à Paris dans les années 70. Ce reportage donnera lieu à l’édition du livre « L’art actuel en France. Du cinétisme à l’hyperréalisme » aux éditions André Balland en 1973, accompagné d’un texte d’Anne TRONCHE.

En 1971, Hervé GLOAGUEN rejoint l’équipe de l’agence VU. Mais les Editions Rencontres qui soutenaient l’agence se retirent, laissant un ensemble de photographes déçus.

En 1972 naît l’agence VIVA : agence de presse contestante et contestée dont la devise implicite est de « Faire des photographies personnelles sur des thèmes qui concernent tout le monde ». S’y rassemblent avec Hervé GLOAGUEN, Alain DAGBERT, Claude DITYVON, Martine FRANK, François HERS, Richard KALVAR, Jean LATTES et Guy LE QUERREC. H.G. travaille au sein de cette agence pendant dix ans produisant des reportages d’actualité et des travaux de longue haleine – reportages sur les Partis communistes européens (PCF, PCI, PCE), la Révolution des œillets au Portugal en 1974, la chute de Saigon en 1975, les élections en Italie en 1976 et en Espagne en 1977, la réalisation d’un livre sur Lyon en 1982.

A partir de 1980, il travaille à créer un langage photographique en couleurs, sans flash, contrôlé et systématique, axé sur les deux pôles qui feront le reportage moderne : le réalisme du reportage et la subjectivité des images. En fait dès 1975 il entreprend ce type de reportage nocturne sur Rome, qui s’achève en 1995 par l’essai photographique : Rome, la nuit.

Depuis 1982, Hervé GLOAGUEN a signé plusieurs reportages en couleurs dans le magazine GEO et différentes publications. Il effectue de nombreux séjours en Afrique pour l’Institut Mérieux de Lyon, et le Haut Commissariat aux Réfugiés de Genève. Il participe, comme photographe, de 1990 à 1998, aux raids aériens d’Air Solidarité qui lui permettent de survoler une grande partie de l’Afrique. Il réalise un reportage sur le commerce mondial du sang diffusé dans la presse internationale.

Presse



Textes

HERVE GLOAGUEN, BATTEUR D’IMAGES

Photo reporter et donc grand voyageur, Hervé Gloaguen a commencé par se glisser dans les salles de concert à la nuit tombée pour s’adonner au culte du jazz. Il a joué de la trompette et excelle maintenant à la batterie mais après avoir manié le Rolleicord, son instrument préféré reste le Leica. En noir et blanc, ou en couleur.
À ses débuts, il suffisait d’avoir un Burberry sur le dos et un appareil photo pour entrer à l’oeil à Pleyel ou à l’Olympia. «On arrivait tôt, quand la salle sentait encore le tabac froid, éclairée comme un navire à quai la nuit avec, sur scène, un piano Steinway, luisant et noir, campé sur ses pattes comme un taureau de combat qui attend son heure. De mon côté, je préparais mes films qu’il fallait ensuite pousser jusqu’à 1.000 Asa, faute de flash, tout en apercevant entre deux portes Ella Fitzgerald ou Sony Rollins».

«Affirmer seul son identité loin de la Bretagne»

Hervé Gloaguen a la ferveur du jazz. Non, le «délire du jazz», dit-il, au point de décharger des wagons en gare de Rennes pour se payer sa première trompette. Le fils du pharmacien d’Hédé (35) n’avait rien trouvé de mieux pour refuser les chemins creux d’une vie toute tracée et «affirmer seul son identité, loin de la Bretagne». Viré de l’école de photographie de la rue de Vaugirard, à Paris, où il a acquis quelques rudiments, il hante les cabarets, le Kentucky, rue Valette, et le Théâtre des Champs-Élysées où les jazzmen lui servent de modèles. Ayant réconcilié ses deux passions dans le Paris de la fin des années cinquante, le voilà heureux «comme un diable dans l’eau bénite», loin de Vannes et de ses jésuites. Il échappe au service militaire en Algérie mais pas au bachi à pompon rouge qu’il planque le soir dans les fourrés du fort d’Ivry, avant d’aller rejoindre les caves enfumées de Saint-Germain des Prés. Puis il devient l’assistant de Gilles Ehrmann, un photographe baroque dont les images sont mises en scène comme des plans de cinéma. Et s’initie à l’esthétique industrielle, en succombant aux charmes des réalisations de l’EDF. Bref, il a compris que la photo ouvre plus de portes que la trompette et que le paradis n’est pas à l’est d’Hédé mais, plus sûrement, de l’autre côté de l’Atlantique. Gloaguen débarque à New York en 1965, avec le soutien de Réalités, une revue prestigieuse qui faisait travailler de grands photographes. Il trouve vite l’adresse de l’Apollo Theater d’Harlem, puis celle du Preservation Hall, à La Nouvelle-Orléans, deux des cathédrales du jazz où ce compagnon de route du Parti communiste canalise son sentiment de révolte. «Pendant que je m’extasie dans les concerts, dans l’Arkansas, l’Alabama et le Mississipi, ça cogne», écrit-il dans «A hauteur de jazz», conscient des tensions raciales qui conduiront, trois ans plus tard, à l’assassinat de Martin Luther King. À ses idoles, «jeunes virtuoses déhanchés à lunettes noires ou vieux briscards à la poche bombée par une flasque de whisky», il ajoute Andy Warhol et Merce Cunningham, le pop art et la danse. Puis se lance dans une série de portraits sur l’art en France: Arman, Ben, César, Le Gac, Monory… il les a tous croqués. À l’instinct, «j’aime bien arriver sans savoir ce que je vais faire, explique-t-il, c’est comme improviser en jazz. Je m’impose une liberté totale».

L’information par l’image

Cela n’exclut pas les expériences collectives et en 1972, Gloaguen crée l’agence Viva avec sept autres photographes, dont Guy Le Querrec. Une agence plus engagée que Rapho et moins people que Gamma, une sorte d’anti-Magnum qui regroupe le haut du panier de la photo sous la férule d’Henri Cartier-Bresson. Dans le sillage libertaire de Mai1968, Viva se veut une militante de l’information par l’image. Réunis par le double refus de l’illustration et de l’exotisme, ses membres seront malgré tout obligés de parcourir le monde et de se soumettre à l’actualité, cet insatiable monstre froid qui n’aime que les plats servis chauds et épicés. Avant la fermeture de l’agence, dix ans plus tard, Gloaguen aura le temps de couvrir la chute de Saigon puis de sillonner l’Afrique, séduit par la simplicité des instants bibliques offerts au hasard des rencontres. Et de revenir sans cesse s’imprégner des rues de Rome, la nuit, où chaque soir, une nouvelle pièce de théâtre semble se jouer. Mais de Bretagne, aucune image. «Je n’y vais plus, sauf une fois par an à Saint-Malo, seul et l’hiver. Je regarde la mer, j’écoute le vent, je fais le tour des remparts, et après deux nuits d’hôtel, je repars, confie-t-il. J’irai peut-être, un jour, photographier Brocéliande et Huelgoat. J’en ai déjà rêvé… en couleur».

Par Thierry DUSSARD
11 juillet 2010, Le Télégramme

DEUX ANS DE TRAVAIL DANS L’INTIMITE DE 80 ARTISTES CONTEMPORAINS
Hervé GLOAGUEN : SON OBJECTIF PEINT L’AVANT-GARDE

« Je ne cessais d’entendre répéter autour de moi qu’il ne se passait rien à Paris, dans le cadre de l’art contemporain. On citait New York, Londres, Dusseldorf, Cologne, Zurich, mais jamais Paris. J’ai fait œuvre de journaliste, je suis allé voir si c’était vrai ».
C’est le photographe Hervé Gloaguen qui parle. Il est l’un des membres fondateurs de l’agence Viva, créée voici trois mois. Pendant deux ans, il a donc photographié les principaux « leaders » de l’art contemporain. Il en a tiré un livre dont nous avons extrait ces photos. Cet ouvrage, après des fortunes diverses, n’a malheureusement pas trouvé d’éditeur… La révélation de l’art contemporain, Hervé Gloaguen l’a eue lors de rencontres avec John Cage et Merce Cunningham, en 1965-1966, à New York. Breton de vingt huit ans, arrivé six ans auparavant à Paris, renvoyé de l’école de photographie de Vaugirard (car il n’avait jamais touché un appareil), « exploité » par un directeur d’agence de presse (qui pratiquait plus volontiers l’escroquerie que l’information), Gloaguen effectue alors divers travaux pour Réalités, Saint Gobain, et l’E.D.F. L’affirmation du « désert culturel de Paris » ne le satisfait guère. Il s’est aperçu que la naissance de l’art cinétique, avec Julio Le Parc et le Groupe de recherches d’art visuel, et du nouveau réalisme, avec César, Tinguely et Martial Raysse, date des débuts des années 1960. « Ces deux mouvements nés à Paris étaient alors inconnus mais importants. Le public s’était arrêté à Mathieu et à Buffet. Pour lui, c’était cela la modernité. Pourtant, depuis dix ans, autre chose était né et on ne s’en était guère aperçu. »
L’audience de ces nouveaux mouvements n’avait pas dépassé un cercle privilégié de cinq cent personnes, leur expression n’ayant d’autres supports que de petits bouquins et des revues confidentielles. Rien n’avait été fait pour une plus large information. C’est là qu’est née l’idée de ce livre. Pour le réaliser, Gloaguen va collaborer avec une jeune journaliste, Anne Tronche, qui, très introduite dans ce milieu, se chargera d’écrire le texte. « Nous avons fait une liste de noms. Nous ne voulions pas d’une œuvre exhaustive. Notre propos était d’exprimer le climat de l’art moderne. Celui d’Anne Tronche, d’être informatif. Le mien, de voir ce qui se passait et de le traduire en photos. Faire un compte rendu le plus complet possible, pas forcément des personnages, mais surtout des tendances. La liste de noms établie, j’ai tiré les sonnettes. » Pendant deux ans, en effet, entre deux reportages ou déplacements, Hervé Gloaguen va faire sa quête. L’accueil est toujours bon. Il ne transporte avec lui aucun matériel imposant. Au contraire, tout sera fait avec un simple Nikon et en lumière ambiante. Il ne passe parfois qu’une demi-journée avec l’artiste. Dans d’autres cas, il revient le voir, cinq, six, sept fois. « Je téléphonais, je regardais, je discutais, j’essayais de comprendre l’univers de l’artiste. » Pour César, il reviendra même plus d’une dizaine de fois. « César fait un numéro immense. Il est sans arrêt sollicité. César est peut-être l’homme le plus public, car son cabotinage fait partie de son être intime, mais il est en réalité le plus réservé, le plus secret. Tant que je n’ai pas eu véritablement accès à lui, je suis resté à l’affût. Un jour enfin, il a pris un petit tonneau de polyuréthane, et il l’a versé sur le sol et a commencé à travailler. C’est cela que j’attendais. J’avais réussi. Pour d’autres, au contraire, il a suffit d’une seule rencontre. J’essayais de me faire le plus petit possible, d’être oublié. Je n’avais pas la prétention de devenir un photographe d’artistes. Il y en a déjà quelques-uns à Paris et qui font d’ailleurs très bien ce travail… »
Pendant ces deux années, Hervé Gloaguen ne fait tirer aucune photo. Il attend de pouvoir disposer de toutes les images à la fois. « Si j’avais agi autrement, j’aurais inévitablement modifié ma démarche, changé mon regard sur les gens. » Quand j’ai eu tout terminé, j’ai examiné les contacts. Un thème principal s’en dégageait à l’évidence : « la gueule » des gens. Je n’avais pas spécialement fait des portraits, et pourtant mon travail apparaissait comme une galerie de quatre-vingt gueules impressionnantes. Le texte d’Anne Tronche terminé, nous avons élaboré une maquette du livre et l’avons présentée partout. Comme nous ne connaissions personne, nous avons fait du porte-à-porte avec notre maquette sous le bras. Nous ne voulions pas nous laisser récupérer par les uns ou par les autres, jouer le jeu des petites mafias de l’art parisien… Cela ne nous a guère réussi : la maquette dort toujours dans nos tiroirs… »

PHOTO, Juillet 72

Ce livre a finalement été imprimé en 1973 sous le titre « L’art actuel en France. Du cinétisme à l’hyperréalisme »
Editions André Balland, Préface de Gérald Gassiot.Talabot.

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