Né à Illertissen (Allemagne), en 1962

Alfons ALT revisite des procédés anciens de la photographie avec une technique de tirages uniques qu’il a baptisé "Altotype". Le procédé photographique est pigmentaire et non argentique. Il choisit les sujets derrière son appareil photo et intervient ensuite sur ses tirages en tant que chimiste, graveur ou peintre et utilise de nombreux supports : toile, papier, bois, porcelaine, verre, cuivre, zinc…
Ses œuvres sont présentées dans de différentes galeries européennes et plus particulièrement en France et en Allemagne. Elles ont été acquises par de nombreuses collections publiques et privées.

Oeuvres

Expositions & foires



Biographie

EXPOSITIONS PERSONNELLES
Allemagne : Aschaffenburg (Galerie Gerd Lüders) ; Cologne (Galerie Burkhard Arnold) Geislingen ; Hagen ; Salzbourg (Leica Galerie) ; Stuttgart (Kunstverein Schorndorf) ; Tübingen
Angleterre : Londres (Galerie Five)
Belgique : Bruxelles (Galerie Arthus, Galerie Pierre Le Nain, Galerie Vanhaecke, Galerie Zeuxis Studio)
France : Paris (Galerie ARCTURUS, Exposition Zingaro à la FNAC, Galerie Perceval, Agence Verte, Galerie Guigon, Galerie Marie-Laure de l’Ecotais) ; Arles (Galerie XIII, Galerie Réattu, Chapelle du Mejan, Editions Acte Sud) ; Aurillac (Musée d’Art et d’Archéologie) ; Aix en Provence (Espace Sextius, Art en Vigne, Pavillon de Vendôme ) ; Bordeaux (Galerie Rouge, Galerie Librairie Mollat) ; Grenoble (Cargo) ; Istres (Théâtre de l’Olivier), Le Puy en Velay (Atelier des Arts) ; Lille (Exposition Zingaro à la FNAC) ; Marseille (L’Entrepôt, la FNAC, La Poissonnerie, Friche de Mai, 3A Architectes Associés, Installation aux Docks, « Les couleurs d’Euro Méditerranée », Galerie Est-Ouest),  Martigues (Nouveau Théâtre) ; Miramas (Médiathèque) ; Montpellier (Goethe Institut, Villa Olga) ; Nice (Galerie Mons) ; Nîmes, Roquevaire (Galerie Le Cinéma) ; Saint Remy de Provence (Galerie Lezard’ailleurs, Château de Roussan), Vaison la Romaine (La Ferme des Arts) ; Verdun (Œuvre de réconciliation Franco-Allemande au Centre Mondial de la Paix) ;  Vimoutiers (Centre d’art Prieuré St Michel)

EXPOSITIONS COLLECTIVES
France : Paris (Galerie ARCTURUS, Galerie Donguy, Musée Bourdel, Museum National d’Histoire Naturelle, Salon de l’Agriculture, Galerie Guigon, Espace Lhomond) ; Avignon (Galerie Marina) ; Angoulême (Ecole Supérieure d’Image) ; Arles (Chapelle des Jésuites) ; Aurillac (Foire agricole) ; Fontenoy en Puysaye (Château du Tremblay) ; Lille (Fondation des trois Suisses) ; Marseille (Théâtre de la Minoterie, Galerie Où, Park’art Galerie, Château de Servières, Friche Belle de Mai) ; Marsillagues-Attuech (Fondation CIECLE) ; Rennes (Ecole des Beaux Arts) ; Saint Hyppolyte (Galerie du Bout du Monde) ; Versailles (Carré de la Farine)
Allemagne : Mannheim  (Kunstverein Mannheim) Belgique : Bruxelles (Galerie Arthus) ;  Danemark : Aahrus (Kunstmuseum) ; Egypte : Alexandrie  (Palais de Sidi Gaber) ;  Espagne : Madrid (Institut Français);  Portugal : Lisbonne (Coordoaria Nacional)

FOIRES
Allemagne : Art Karlsruhe, Rheinstetten
Belgique : Foto Fever, Bruxelles (Galerie ARCTURUS)
Egypte : Festival d’Alexandrie
France : St’Art (Galerie ARCTURUS) ; Festival de Photographie, Aix-en-Provence ; Festival A-part, St Remy de Provence ; Salon SM’Art, Aix en Provence ; Consul’Art, Marseille ; Rencontres d’Arles ; Alternatif ; Congrès de la Photo Graçay
Portugal : Biennale des jeunes créateurs Méditerranéens, Lisbonne

COLLECTIONS PUBLIQUES
Allemagne : Musée d’Ulm ; Musée de l’Abeille, Illertissen ; Musée des Abeilles, Neu Ulm
Belgique : Dexia
Egypte : Bibliothèque d’Alexandrie
France : Fondation Crédit local de France ; Arthothèque d’Arles ; Arthotèque de Nîmes ; Centre Mondial de la paix à Verdun ; FRAC de Basse Normandie ; Théâtre des Salins à Martigues ; Musée d’Art Contemporain Ziem de Martigues ; Théâtre de l’Olivier à Istres ; E.P.A Euroméditerranée et Fonds Communal d’Art Contemporain à Marseille ; Musée d’Aurillac ; Musée de l’Ecole de vétérinaire de Maisons Alfort ; Gras Savoye ; Ducasse ; Arthotèque de Marseille ; FRAC Basse Normandie ; Arthothèque de Miramas ; Siège social LEICA
Pays-Bas : Collection Polaroid d’Amsterdam ; FIUWAC Amsterdam

PRIX ET RESIDENCES
Lauréat des concours de 1% en France et en Allemagne (Théâtre des Salins, Martigues, Office Cadastral, Günzburg, Allemagne, Caisse des Dépôts et Consignations)
2013 : Artiste Lauréat à Hambourg pour « L’Altonale » Résidence d’un Mois
2011 : Lauréat d’un séjour Institut Français/Région Paca, Mexique
2010 : Workshop à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Clermont-Ferrand.
2008 : Rencontres Internationales à Arles
2004 : Workshop à la Villa Arson sur invitation de Laurent Joubert avec conférence
2000 : European Publisher’s Award for photography ; Lauréat du salon International de Recherches photographiques, Royan
1999 : Création du FIUWAC à Zeist, NL (collection d’art contemporain appartenant à toute l’humanité)
1994 : Lauréat de la Biennale de Jeunes créateurs, Marseille
1991 : Mission de Prises de Vues à la Kunstkamera, St Petersbourg sur la Collection du Cabinet de Curiosités

BIBLIOGRAPHIE
2009 : « Effondrement des Certitudes », Editions Images en manœuvres
2008 : « La voie de l’Ecuyer », Ed Actes Sud
2007 : «  Altitude », Editions Images en manœuvres
2006 : Livre d’artiste «ABC» à la Librairie Nicaise, Paris
2000 : « Bestiae », European Publisher’s Award for Photography 2000 ;
« 5 ou le taureau et les cardinaux », Editions Images en manœuvres ;
« La ballade de Zingaro », Editions du Chêne
1999 : « Bestiaire », Editions Acte Sud
1991 : « Villages entre Rhône et Durance », Editions Equinoxe
1990 : «  Zingaro, un théâtre pour des chevaux », Editions First
1989 : « Gonn Mosny, respirer et peindre», Editions Kohlhammer;
« Zingaro, des hommes et des chevaux », Editions Caracole
1988 : « Zingaro », Editions Favre ;
Presse – Articles : Natur & Kosmos, Elle, Planète Corrida, Leica world, Of course, Libération, Le Quotidien du Médecin, etc…

TELEVISION
2015 : Television  RTS Suisse (avril) Grand Portrait »
1999 : Invité par France 3 Provence dans l’émission « Le bleu vous va si bien »
1996 : Portrait pour Martigues Télévision
1994 : Portrait pour Arte dans le cadre de l’émission « Bleu Passion » d’une soirée Théma, réalisateur J.L. Tacon. Egalement diffusé sur France 3 ; Portrait pour SWF 3, Europa Magazin, réalisatrice Lourdes Picarreta, Baden-Baden. ; Portrait pour France 3 PACA, émission Thierry Bezert. ; Portrait pour M6 et Marseille Citévision (câble)
1993 : France 3. Illustrations photographiques pour un documentaire à l’occasion du centenaire
« Jean Baillard et les Cahiers du sud », réalisateur J.C. Bonfant

Presse



Textes

LE RESINO-PIGMENTAIRE, PRINCIPE TECHNIQUE

Ce procédé photographique pigmentaire et non argentique est basé sur la capacité de la gélatine à se durcir au contact du soleil (lumière ultraviolette). En fonction de son exposition, la gélatine se durcit plus ou moins à la surface de l’épreuve (contretypes demi-tons).
Lorsque la photographie est rincée pour être débarrassée du bichromate de potassium (agent photosensible), apposé initialement sur la gélatine et puis glacé, des poches d’eau se créent dans les zones les plus tendres.
C’est grâce à ces poches d’eau que l’ajout de pigments à la surface de l’épreuve peut se faire, l’eau permettant de les fixer. L’image se forme alors que les pigments sont appliqués à l’aide d’un pinceau très doux. L’épreuve ensuite chauffée à environ 40°C rend l’image inaltérable.

Ce procédé offre donc de grandes possibilités esthétiques, grâce à sa rudimentarité : toute intervention sur l’application de la gélatine ou sur la nature de celle-ci aura une influence sur le devenir de l’image. De même que l’application des pigments obéit à des réactions chimiques qui mettent l’image dans un flux visible et qui permettent une intervention immédiate.
L’image est dans un mouvement et fait appel à tous les sens. La quantité de détails qui provient de la photographie, grâce au contretype soigneusement confectionné, cède la place à une nouvelle “ matérialité ” qui opère à ce moment décisif de l’application de pigment une forme de révélation.
“ Flaque d’eau enrichie de rouge manganèse avance vers une coulure de vert malachite et se fait freiner violemment. ” Au réel de la photographie se rajoute le divin de la peinture.

Par Alfons ALT, mai 2000

L’ANIMALITE

La question posée ici à propos de la part animale est : quelle est l’animalité de ce que certains appellent encore l’art ?
Ya-t’il une continuité entre l’oiseau tisserand vanier, l’insecte bâtisseur, la galerie de la taupe et celle de l’artiste ?
Est-ce l’animalité des gens qui les pousse vers les œuvres attractives ou répulsives, conçues, exhibées par des artistes qui « s’exposent » en des parades de séduction animale ?
L’artiste qui se définit lui-même en tant que tel nous promène t’il dans sa nature ou dans sa culture qu’il croit souvent avoir sécrétée ?
Et si le secret résidait dans le fait que la culture elle même prend racine chez les animaux qui précèdent l’homme ? L’oiseau n’apprend il pas à chanter, ne transmet–il pas son chant à ses enfants par apprentissage ?
Alors ! où finit l’animal, où commence l’Homme ?
Est-ce encore une bonne, une vraie question au 3ème millénaire ?
L’artiste aurait-il des réponses ?
Ne soulève-t’il pas plus de questions par ses réponses ?
On répondra à tout cela, oui, mais l’homme invente, détourne, bricole, par l’art, la science et les technologies, l’héritage naturel. Est-on si sûr que l’animal n’en soit capable lui aussi ?
Les punaises, les millepattes, les araignées, naturellement équipés d’organes sexuels viables se perpétuent, se reproduisent sans les utiliser et mettent en œuvre des déviations inventives, que Sade n’aurait osé imaginer, pour améliorer le rendement de la reproduction de l’espèce. Alors, où finit l’animal, où commence l’homme ? Et si nos fantasmes, nos fantasmagories, nos chimères mythiques projetées par les artistes dans leurs œuvres prenaient leurs racines dans ces archaïsmes animaux comme certains psychiatres et psychanalystes l’avancent aujourd’hui ?
La question de l’animalité est elle bien posée ? Posée par qui ? L’artiste ? Le scientifique ?
Qui oserait poser la question inverse : celle de l’humanité de la punaise, de la taupe ou du cheval, fut-il présenté sous forme d’un centaure ? Aurait-elle un sens ?
C’est peut-être la certitude de l’irréversibilité du temps et l’engrenage historique de l’évolution des espèces animales qui lui en donnent un !
Dans « la métamorphose », c’est Kafka qui retourne au cloporte en une vision fulgurante d’artiste alors que c’est le cloporte qui va vers Kafka, mais il y met le temps derrière lui, quelques milliards d’années. Quant aux mythes de l’animalité, pour ne pas dire de la bestialité, ils prennent sans doute naissance dès l’émergence de l’homo sapiens faible et démuni, qui doit surpasser l’animal pour survivre, se nourrir et se défendre. La peur de la férocité les domine souvent. Ainsi le pauvre Actéon partant à la chasse avec ses chiens qui surprend la belle Artémis, vierge sévère et cruelle en son bain. Elle l’asperge d’eau et le métamorphose en cerf. Il est alors dévoré par ses chiens. Pourtant Artémis est l’amie du centaure Chiron né des amours de Saturne qui séduit, déguisé en cheval, la nymphe Océanide Philyre. Ils chassent souvent côte à côte et Artémis apprécie les connaissances du Centaure en botanique et en astronomie. Artémis deviendra pour nous l’Artémisia ou absinthe et le centaure la centaurée ou bleuet. Un autre centaure, Nessus, prend sur son dos la belle Déjanine pour lui faire passer le fleuve Evenus, mais Hercule le transperce d’une flèche et il meurt et il meurt sur l’autre rive en déposant Déjanine libéré.
Dans les mythologies, la confrontation animal / humain est souvent ambiguë. Elle est abondamment représentée dans l’art pictural et sculptural depuis la plus haute antiquité.
De même Pan, mi homme, mi bouc surgissant d’un buisson (bush) fait « paniquer » le monde. On est là dans le domaine de l’hybride, de la chimère, de l ‘animal fabuleux, comme Pégase, la licorne, le sphinx, le diable etc…
Ce monde chimérique qui probablement véhicule la peur des premiers bergers du néolithique nous a été transmis par les artistes.
Au XXe siècle, la confrontation se fait plus brutale, plus frontale. C’est le cas de Joseph Beuys, cet artiste allemand qui, dans une galerie américaine se fait enfermer pendant une semaine face à un coyote vivant, sous le titre « j’aime l’Amérique et l’Amérique m’aime ».
Difficile d’aller plus loin dans la confrontation artistique homme/animal.
Il est probable que cela se fera différemment au 3e millénaire avec les organismes génétiquement modifiés. N’a t on pas, avec Eduardo Cac, artiste américain, assisté en 2002 à la naissance des lapins fluorescents verts en lumière ultraviolette, effet obtenu par injection de gènes de méduse codant pour une protéine fluorescente verte mise en œuvre chez les céphalopodes dans leurs parades séductrices. La métamorphose n’est elle pas chez les plasticiens une pratique courante depuis la nuit des temps même si, à chaque fois, les religions, la morale, l’éthique s’en mêlent ?
OGM es-tu là ? interroge-t’on les yeux bandés. Ils sont là, déjà dans nos assiettes, iront –ils jusque dans nos galeries égorger nos fils et nos compagnes ? Cela dépend de nous, de vous, de l’’art aussi pour autant que ce mot ait un sens.

Par Claude GUDIN

Claude Gudin a été jardinier, ingénieur et docteur en biologie végétale. Sa carrière scientifique, consacrée aux biotechnologies, l’a mené de l’Institut national de la recherche agronomique au Commissariat à l’énergie atomique en passant par la British Petroleum. Il est l’auteur de nombreux articles scientifiques et brevets, de plusieurs livres et de poèmes et chansons pour grands et petits.

ALFONS ALT – L’ANIMALITE PHOTOGRAPHIEE

Le travail photographique d’Alfons Alt sur l’animalité a commencé avec ses ouvrages sur Zingaro. Cette troupe a révolutionné le spectacle équestre en traitant les chevaux comme s’il s’agissait d’acteurs humains. La notion de “ plus noble conquête de l’homme ” appliquée au cheval s’en trouve profondément transformée : un nouveau type de communauté s’instaure entre l’homme et l’animal. C’est peut-être à partir du postulat de l’existence d’une forme étroite de relation à l’animal qu’Alfons Alt s’engage dans une démarche tout à fait singulière d’artiste animalier du début du XXIème siècle. Sa manière de considérer l’animal comme “ allégorie de nos vertus et de nos misères dans un langage universel ”, si elle renvoie à un bestiaire analogue à celui du Moyen Age, s’en éloigne pourtant en considérant l’animal non pas comme une création qui se rapproche du diable mais comme une forme de proximité à l’humanité. Quand Alfons Alt dit que “ l’homme utilise la métaphore de l’animal pour parler de lui sans que cela l’implique directement ”, on peut en tirer un autre enseignement. Il ne s’agit pas seulement de retrouver allégoriquement la part de l’animalité dans l’homme : il est aussi question de mettre au jour l’humanité à l’état de traces ou de potentialité chez l’animal. On aurait donc tort de voir dans ce travail le développement d’un genre mineur dans la tradition de l’académie de peinture qui inscrivait le genre animalier au bas de la hiérarchie des genres en le liant à la nature morte et aux tableaux de chasse.

La manière dont Alfons Alt a écrit les notices de son bestiaire illustre parfaitement sa démarche photographique. Les animaux sont saisis vivants et à l’exception du poulpe, sont rendus à leur état sauvage ou domestique. Il en découle une confrontation photographique parfois difficile à réaliser et d’autant plus forte qu’elle est brève (bélier, éléphant ou loup). La frontalité ainsi produite (le fait de se retrouver brusquement nez à nez avec l’animal) peut aussi paradoxalement s’inverser. La dignité qu’Alfons Alt veut restituer à l’animal peut aussi être saisie dans le traitement de profil des animaux dont la représentation conduisant à une véritable image mentale de l’espèce est ainsi constituée, comme l’oryx, le rhinocéros ou le dindon. Une des prises les plus originales renverse la frontalité en présentant le spectaculaire cul de cheval (jazz).

Pour autant, si chaque animal doit renvoyer à une imagerie connue et conventionnelle, il ne s’agit pas de documenter une espèce. Chaque animal porte un nom (le percheron Raspoutine, le macaque Jimmy, le taureau Inédit, le cygne Klaxon ou au minimum Madame la grenouille…) et l’image devient un portrait. Le bélier comme le taureau regardent ainsi l’objectif. Le cadrage apparente aussi l’oeuvre à la pratique du portrait.

Parlant du poulpe, Alfons Alt concède d’ailleurs avoir recherché “ une position qui évoque au mieux un personnage de fiction ”. La plupart du temps l’animal est seul, isolé. La teinte (dominante) retenue tend à le mettre en valeur physiquement en ne gardant un rapport à la réalité que symboliquement. On est loin d’un travail photographique qui aurait pour objectif de documenter le réel.

Alfons Alt ne garde en quelque sorte que le centre de l’image : les pourtours, dont émergent quelques détails de végétaux, sont là pour créer une matière d’ensemble. Utilisation d’un fond dans les couleurs ocres rappelle les procédés des portraitistes du XVIIIème siècle dans leur rendu chatoyant. Le tour de force du photographe consiste à unifier dans une seule gamme colorée la figure et le fond.

Le procédé technique est toutefois bien celui de la photographie par excellence comme l’artiste aime à le rappeler. Le recours à une chambre de grand format est important. Le résino-pigmentype est une des plus anciennes techniques photographiques, qui enregistre tout y compris les maladresses. Il est l’indice de l’intérêt d’Alfons Alt pour les vingt premières années de la photographie. La tentative de l’artiste est toujours de tendre vers le tableau et de s’opposer à l’industrialisation de la photographie. Tout le travail est fait à la main, il cherche à s’élever contre le caractère “ bête et méchant ” de la technique photographique comme s’il s’agissait aujourd’hui d’une transgression. Dans la façon dont Alfons Alt utilise cette ancienne technique photographique – pour produire des images dont on ne peut pas renier la modernité ni les confondre avec des photographies anciennes, il choisit de conserver ou d’oblitérer des détails annexes. L’image est constituée de quelques portions photographiques et de quelques portions qui tiennent au geste destructeur : c’est paradoxalement en détruisant que le portrait d’animal devient tableau et oeuvre unique, la destruction n’étant jamais identique. Les colorations par les pigments, avec un travail de rehauts utilisé parfois pour certains tableaux comme la tête rouge du dindon, s’apparentent là aussi au coup de pinceau.

La référence symbolique au bestiaire se double de références très diverses à l’histoire de l’art. Dürer pour le lièvre ou le rhinocéros, ou Beuys pour le loup/ coyote. L’oeuvre de Géricault sur la race équine est également incontournable et est à la base du travail de l’artiste. La symbolique s’enrichit de références plus étonnantes comme Batman pour la chauve-souris. La photographie du serpent semble ouvrir une nouvelle voie. La mise en cadre différente s’organise en une croix. L’image de l’animal s’y retrouve cinq fois et cette répétition rappelle le système d’organisation de l’espace des icônes avec les vies des saints. Le sens symbolique s’en trouve renforcé et introduit une nouvelle perspective dans l’oeuvre d’Alfons Alt.

Par Sophie BIASS-FABIANI

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