Née à Barcelone (Espagne), en 1961

Ses sculptures en bronze, matière noble et dense, résistante au temps, portent l’empreinte de ses doigts. Par des patines vibrantes, Marta MOREU exprime en contraste cette légèreté, cette fugacité du passage de l’homme sur terre. Inspirés ou non de la mythologie, l’humain à la frontière de l’équilibre reste son sujet central. Elle dispose d’une représentation en Europe et aux Etats-Unis.

Oeuvres

Expositions & foires



Vidéos

Exposition de Marta MOREU à La Galeria del Centre Cultural de Terrassa (Espagne)

2017

Biographie

EXPOSITIONS INDIVIDUELLES
Andorre : Andorre (Galeria Mama Maria)
Belgique : Bruxelles (Granero Art Gallery)
Canada : Montréal (Galery Han Art)
Espagne : Barcelone (Galeria Art Petritxol, Galeria Espai d’Art Terrassa, Galeria Lleonart, Galerie Putxet) ; Gérone (Galleria AG) ; Terrassa (Galeria Espai d’Art) ; Sitges (Galeria Agora 3) ; Sanxeno (Galeria Pilar Parra)
Etats-Unis : Miami (Gallery Swenson) ; Charlotte (Gallery Hayes George, Gallery Mc Call Fine Art) ; Ketchum (Gallery DeNovo); New York (Gallery Revel)
France : Paris (Galerie ARCTURUS)

EXPOSITIONS COLLECTIVES
Angleterre : Londres (Gallery Halcyon)
Belgique : Bruxelles (Granero Art Gallery)
Espagne : Barcelone (Galeria Jordi Barnades, Galeria Art Petritxol, Galeria Lleonart, Galeria Granero) ; Madrid (Galeria Jorge Alcolea, Galeria Kreisler) ; Terrassa (Galeria Espai d’Art) ; Valence (Galeria Pizarro) ; Pollenca (Galerie Bennassar) ; Sitges (Galeria Agora 3) ; Sanxeno (Galeria Pilar Parra)
Etats-Unis : Miami (Gallery Swenson, Institut culturel d’Espagne, Bakehouse exhibition) ; Ketchum (Gallery DeNovo) ; New York (Susan Eley Gallery, Gallery Revel) ; Charlotte (Gallery Hayes George) ; Seattle (Gallery Friesen)
France : Paris (Galerie ARCTURUS) ; Pont l’Abbé (Galerie Patricia Oranin)

FOIRES
Belgique : Gante, Gand
Canada : Toronto Art Fair, Toronto
Espagne : ArteExpo, Barcelone ; Feria Arte, Madrid ; X Merc’Art, Terrassa ; Feria de Arte, Marbella
Etats-Unis : Bellevue Art Exhibition, Washington ; Art Palm Beach Art Fair, Miami ; Art Chicago, Chicago
France : St’Art, Strasbourg (Galerie ARCTURUS)
Hong Kong : Art Fair Hong Kong
Malaisie : Kuala Lumpur Art Fair, Kuala Lumpur
Singapour : Singapore Art Fair, Singapour

COLLECTION PUBLIQUES
Espagne : Sculpture monument, Placa dels paisos Catalans, Molins de Rey

BIBLIOGRAPHIE
2006 : Marta Moreu, editeur Gabriel Gilbert

FILMS ET TELEVISION
2001 : « C’est le bouquet », film de Jeanne Labrune, 2 sculptures dans le décor
2000 : « La Noche Avierta », emission de Pedro Ruiz, TVE 2, 4 sculptures présentées

Presse



Textes

Le monde de l’art est témoin en ce moment d’un net retour à la figure, en particulier la figure humaine, et au paysage, avec une forte présence du paysage urbain. A la riche expérimentation du mouvement avant-gardiste du XXème siècle, comparable uniquement à l’intense époque des conquêtes de la renaissance, succéda l’académisme de l’abstrait, de l’hermétique. Le retour à un point de vue que l’on pourrait appeler humain représente, en fait, moins un phénomène en soi qu’un processus d’amplification, d’ouverture, d’humanisme.
C’est dans ce cadre qu’il convient de situer Marta Moreu qui, très tôt dans sa carrière, a commencé à travailler sur la figuration. Sa sculpture est ainsi passée par une première période caractérisée par deux pôles d’attraction : le réalisme et un certain lyrisme. Mais dans un état que nous pourrions qualifier de pur ou linéaire : chaque pièce disait ce qu’elle montrait, une personne, un animal, un objet, transporté dans une dimension lyrique. Tout était alors simple et captivant.

Maintenant, c’est la même chose, mais après une épuration des motifs et avec une intensité du vecteur créateur interne. Ces êtres humains, ces chevaux paraissent traités non pas tels qu’ils sont supposés être, mais avec une volonté stylistique austère, âpre, même au contact visuel, avec un certain repli sur soi dramatique et une maîtrise indéniable de la technique. J’insiste : austérité et intensité, avec cette fuite obsessionnelle des hauteurs, de l’équilibre dans les airs et une image du monde du cirque qui pointe ici clairement vers une symbolique de l’existence.
Marta Moreu est une sculpteur rigoureuse, naturelle et suggestive.

Par Baltasar PORCEL

Par hasard, en passant dans une rue pavée et étroite entre des murs plus ou moins gothiques et jalonnée de galeries d’art, je tombai un jour nez à nez sur une sculpture exposée derrière une vitrine : un puissant titan qui, à la force de ses jambes ouvrait un demi-cercle de bronze sur lequel il s’appuyait. Cette sculpture m’inspirait une magnifique impression d’équilibre et de tension.

En toute ignorance, j’avais décidé que l’artiste qui avait créé une manifestation si forte et impactante ne pouvait être qu’un homme très aguerri à la vie.

Et l’après-midi même je voulus réparer mon imbroglio imaginaire en partageant un café avec Marta pour parler de la sculpture.

Depuis lors, j’ai eu l’occasion de partager avec la sculptrice très admirée qu’est Marta Moreu d’autres aventures artistiques nées du hasard et du travail responsable ; ses manières aimables et délicates ont toujours été enrichissantes et contrastent avec la vigueur, la dureté et la grandeur de son œuvre magnifique.

Par Enrico MAJO, Acteur

L’ÊTRE UNIVERSEL DE MARTA MOREU

« L’art, c’est l’âme qui se trouve dans l’objet, pas l’objet »Apelles Fenosa

Une des situations la plus paradigmatique de l’homme actuel est celle de l’individu terriblement actif et infatigable, poursuivi de manière incessante par la compétitivité et l’action frénétique. En bonne interprète du monde actuel, Marta Moreu sait transposer dans ses sculptures les concepts inhérents que sont le mouvement, l’activité, la tension et le déplacement et y transcrire les inquiétudes et les attitudes les plus contemporaines. Les divers thèmes qu’elle développe (l’équilibrisme, le sport, la danse, les transports, la mythologie…) soulignent tous ce concept de dynamisme et de mobilité si caractéristique de son travail. C’est pourquoi les personnages des scènes qu’elle dépeint semblent voler et suspendus dans les airs de façon quasi immatérielle.

Il en découle que même si traditionnellement la sculpture était une pratique artistique basée sur le poids de la matière, la densité structurelle et la gravité volumétrique, ses sculptures, elles, bien qu’en bronze, s’éloignent de ces paramètres et offrent légèreté, agilité et brièveté, tout en insistant sur l’énergie et la rapidité caractéristiques du XXIe siècle. C’est dans cette perspective qu’elle déforme les corps qu’elle représente, en allongeant et en étirant leurs membres, créant des formes stylisées qui explorent l’aisance, la fluidité et la vivacité.

Depuis ses tous premiers débuts, l’art de Marta Moreu s’est centré sur une réalité symbolique tirée d’un authentique discours autobiographique qui nous emmène dans un univers de souvenirs par le chemin des sensations vivides et par la route des sentiments. Elle veut connaître le monde par le biais de la vie de ses personnages, ce qui fait que ses sculptures utilisent la matière pour recouvrir tout référent introspectif. Cette matière ne fait en aucun cas référence à la carcasse externe, à l’apparence physique mais à la matière secrète vue au travers du filtre des émotions et de l’expérience vécue. Cet esprit s’obtient grâce à une discipline austère, à une méthode qui met les corps à nu, les défaisant de leurs attributs anecdotiques jusqu’à les réduire à des images primordiales, à des principes purs chargés de souvenirs et de mémoire.

Patiente observatrice de la réalité et attentive au maintient d’une structuration constructive et volumétrique, l’artiste submerge ses créations d’une atmosphère métaphysique qui évoque des scènes vivides, concrétisées par le biais d’une certaine vision symbolique. Soumises à un ordre interne rigoureux mais aussi baignées d’une poésie éthérée, les figures humaines de Marta Moreu naissent d’une atemporalité secrète et d’un espace irréel, tout en étant créées avec une spontanéité et une fraîcheur méthodiquement mesurées et contrôlées.

Son œuvre possède la riche tradition artistique Catalane absorbée grâce à ses origines créatives et aux diverses racines esthétiques dont elle s’est nourri lors de ses divers voyages; à cela Moreu à ajouté l’influence méditerranéenne, endossant ainsi l’héritage classique revu et corrigé par les canons de l’art nouveau, et l’a teintée de présuppositions surréalistes. Cette synthèse personnelle nous transporte vers un monde à la réalité changeante, qui se voile et se dévoile encore et toujours, et où le temps et l’espace sont en mutation permanente. Un langage singulier chargé de prémonitions constantes, de silences éloquents, de passés remémorés et d’expériences réelles enfermées dans le souvenir.

Son œuvre provoque une ambigüité telle qu’on les aime : les attitudes des protagonistes sont en même temps réelles et irréelles, modernes et classiques, proches et lointaines, travaillées structurellement et élaborées librement, elles possèdent la liberté de l’abstraction et le contrôle de la figuration, se trouvent dans cette zone frontalière où se mélangent le rationnel et l’émotionnel et sont constamment tiraillées entre la réalité et la fiction.

Son thème se concentre sur l’être humain jusqu’à parvenir à le doter d’une ascendance totémique. L’homme de sa création est un homme qui se confronte à lui-même et affronte un nouveau destin avec dignité. Pour comprendre le travail de Marta Moreu, il faut tenir compte que sa préoccupation principale est centrée autour de l’autre, surtout lorsqu’il s’agit de la difficulté absolue à parvenir à le connaître véritablement. C’est pourquoi elle nous parle toujours de l’homme universel et considère la condition de l’individu comme un fait inaccesible : elle sait que celui-ci mène une lutte interminable pour préserver cette difficulté. Elle désire parvenir à conquérir les secrets les plus cachés de l’esprit, et c’est pour cela que sa recherche l’emmène vers l’exploration de la vérité de l’être.

Chaque œuvre pourrait être l’emblème d’un état vécu : ses personnages sont nus, dépourvus de traits physionomiques, ils ne portent rien de superflu et aucune anecdote mondaine ne les accompagne. Les corps s’allongent ou se contorsionnent, ils se convertissent en structures légères qui n’ont aucun poids. Marta Moreu ne traite donc pas les formes anthropomorphiques mais la force et l’énergie vitale.
C’est pourquoi elle admire divers sculpteurs qui, tout au long de l’histoire, ont donné une personnalité unique à son œuvre. Elle n’hésite pas à signaler Rodin comme un de ses sculpteurs préféré, pour son expressivité et son romantisme, bien qu’elle se sente très attirée aussi par la spiritualité et l’austérité qui se dégage du travail de Giacometti, qui part du concept formulé par l’artiste lui-même en 1961 : « On ne peut pas atteindre l’universel… si ce n’est au travers de la réalité la plus particulière possible ». Mais il ne fait aucun doute qu’elle garde un œil bien ouvert sur l’Expressionisme de la fin du XIXe siècle et du début du XXème, auquel elle doit une partie de son héritage.

Elle garde cependant une préférence marquée pour la sculpture africaine, la mythologie grecque et la mythologie romaine classique, pour l’art égyptien et pour l’esthétique orientale. Si elle se sent si connectée aux origines ancestrales et aux arts primitifs, ce n’est pas seulement parce qu’ils lui suggèrent des solutions de forme, mais aussi parce que ces cultures parvenaient à produire des sculptures qui établissaient une relation spirituelle entre l’œuvre et son modèle. Cette participation de l’archaïsme, de la leçon des primitifs et de ce retour aux origines est, dans ce cas, un apport rénovateur, révélateur et cathartique qui rassemble les civilisations, les cultures et les époques dans la représentation de l’essence de l’être humain.

Sa formation et son apprentissage étendu dans diverses villes l’ont fait se centrer sur l’étude du corps humain, qui a toujours été son point de référence. Cependant, l’importance expressionniste de la forme, la tension structurelle et la distorsion de certains corps nus dans des postures difficiles – et dans certains cas forcés à la limite de leurs possibilités – configurent une sculpture qui s’éloigne des fondements traditionnels de la représentation de la silhouette pour en faire un prétexte d’analyse de la condition même de l’être humain.

Ses pièces sculptées, sous forme de petites mises en scène avec des personnages isolés, en couple ou en groupe, paraissent représenter ses propres circonstances existentielles. La figure humaine se maintient dans des situations d’équilibre instable au sein de coordonnées spatiales qui intensifient la position de l’individu par rapport à son énigmatique destin. Un héros qui lutte entre la misère et la joie, la vérité et l’ironie, la réalité et le rêve, le bonheur et l’amertume…, en définitive, un individu qui combat des contraires en mouvement permanent. Ce dialogue des polarités se manifeste aussi dans le cadre structurel qui s’établit, par exemple, entre l’horizontale et la verticale, le plein et le vide, le flottement et le contact, afin d’obtenir la tension qui est propre à la véritable harmonie.
Ses silhouettes sont suspendues, en équilibre entre la proximité et la distance. Elles sortent du vide qui les entoure et font allusion à l’homme fini et à l’espace infini. En plus de tout cela, l’artiste cherche à créer un espace qui sépare le spectateur de la sculpture afin de parvenir à ce que cet espace fasse partie de la sculpture même. Un vide qui, en réalité, est un espace plein de présence divine et sacrée. Ses figures se glissent dans ce vide silencieux de la même manière que les icônes, frontales et solennelles, sont liées à un espace qui devient trop vaste pour l’homme. Ses volumes ne se contentent par d’occuper l’espace, ils créent aussi l’espace qui les entoure : les figures ne sont pas saturées de présence, mais bien au contraire, d’absence.

Toute la connotation figurative est transformée par la force vibratile du geste qui défait les formes jusqu’à invertébrer les corps. La tension s’agite à l’intérieur et le mouvement commence avant même que l’acte ne se produise, avant que celui-ci ne se rende visible, ce qui permet de n’évoquer que les attitudes et d’éviter toute gesticulation théâtrale. Ce qu’elle prétend, dans sa recherche de l’impondérabilité, c’est de parvenir à l’âme humaine, à cette vision particulière du sacré dans l’art. Pour cela, elle abandonne les canons classiques des proportions et stylise les corps, toujours dans le but de rapprocher la matière de l’esprit. Dans le fond, on découvre que tout l’art de Marta Moreu est un effort continuel ayant pour but la matérialisation de son vécu intérieur. La transposition directe des impulsions mentales dans la matière fait que celle-ci se transforme et se sublime pratiquement jusqu’au point de disparaître.

Les formes délicates et douces offrent une nudité totale, profonde et surtout silencieuse. Les figures qui s’allongent, avec leurs corps minces et sveltes, ne semblent pas disposées à la communication, car l’introspection et la réflexion les maintiennent isolées de leur environnement.

C’est pour toutes ces raisons que l’on peut dire que dans ses œuvres, la beauté – l’aspiration humaine la moins facile à abandonner – s’éloigne de la figuration classique qui l’avait réduite à des règles basées sur l’harmonie des proportions et la symétrie. Le monde classique préfigurait les attributs formels de la beauté, et non pas la beauté en soi. La beauté dans son état absolu ne serait pas liée aux qualités de la matière, mais à l’esprit, à la subjectivité. La beauté que Moreu défend, c’est celle de la connaissance, toujours illimitée, car pour elle, la beauté physique n’est qu’éphémère et partielle. Une beauté sans visage, sans traits, qui rencontre son esthétique dans l’équilibre interne. Ainsi, son œuvre répond à un besoin intérieur qui l’oblige à matérialiser ses inquiétudes personnelles.

Le traitement de la matière est grossier et celle-ci possède un modelé textural qui donne forme à l’agitation interne et à l’humanité corporelle de ses personnages. C’est ainsi que ses figures suggèrent la vibration interne, comme si elles étaient continuellement en mouvement. Afin de parvenir à cette sensation, l’artiste laisse très souvent l’empreinte de ses doigts et de ses outils, caractéristique qui fait qu’une matière aussi dense et pesante que le métal irradie d’énergie. Les doigts parcourent infatigablement la matière première, l’amassant, la pinçant et la caressant, permettant à la main de capturer librement la tension interne et la vibration du personnage représenté, lui insufflant le sens de l’organique.

La finition des patines aux tons chromatiques différents (roux, ocres, verdâtres…) octroie une certaine volonté picturale, tandis que leur aspect rugueux et grossier souligne la puissance, la chaleur et la texturation de la matière pour provoquer l’immédiateté dès le premier abord.

Un monde fait de résonnances internes, celles de Marta Moreu, et qui nous submerge dans la problématique de l’existence et dans l’agitation psychologique de certains personnages qui acquièrent ainsi une valeur symbolique supplémentaire. Selon l’intention du regard, plusieurs interprétations peuvent prévaloir, par exemple, derrière l’équilibriste en position instable, ou au delà du centaure – moitié homme, moitié cheval – ou même derrière les groupes qui voyages à toute vitesse dans une voiture.

C’est ainsi que la réponse cognitive générée par l’observation d’une œuvre de Marta Moreu sera différente selon la perspective culturelle, intellectuelle et humaine du récipient. En observant la scène du cirque, par exemple, certains ne verront que le numéro d’équilibrisme difficile du funambule, d’autres l’interprèteront comme représentant l’homme en équilibre dangereux tentant de sauver les différentes situations quotidiennes, quelqu’un d’autre se l’expliquera comme le jeu constant de l’individu et de son environnement, et d’autres y découvriront l’instabilité interne de l’être livré à un destin qui le bouscule continuellement ou y verront le défi personnel visant à contrecarrer le poids de la société.

Naissance d’une vocation

Initiée au monde de la sculpture dès son très jeune âge, elle rentre à la faculté des Beaux Arts de Barcelone en 1980 afin d’y systématiser et d’y ordonner sa vocation autodidacte ; une vocation combinée à sa passion pour la pédagogie, avec l’étude des Sciences de l’Éducation à l’École des Maîtres de Blanquerna. Depuis lors, la fascination, la magie et la liberté de la création se sont enracinées en elle si profondément que c’est à partir de ce moment là que celles-ci lui devinrent étroitement liées dans divers cadres différents.

Mais le véritable catalyseur pour l’artiste est son séjour à Minneapolis – à la fin de ses études universitaires – et l’apprentissage dans un atelier de céramique où elle découvre de nouvelle techniques. Depuis lors, sa passion pour la connaissance et la recherche, la mène à de nombreux déménagements et changements de résidence, sur un chemin intense d’expériences personnelles et d’essais plastiques surprenants. L’étape suivante est la ville allemande de Düsseldorf, où elle se consacre à l’étude de l’expressionisme allemand, langage qui reprendra sa place plus tard dans son œuvre. De retour au pays, Marta Moreu débute sa carrière frénétique en combinant les cours, son œuvre et la réalisation de commissions jusqu’en 1992, date à laquelle elle s’envole pour Paris où elle reste un an et s’initie au langage plus personnel qui lui est propre dans l’atelier de la rue Lavoisier. Elle se pose ensuite à nouveau à Barcelone et s’installe dans un atelier du quartier de Sarria qu’elle partage avec sa sœur, restauratrice de meubles anciens.

En 1994, elle se rend à Madrid où son travail de sculpture passe un cap important. C’est là qu’elle prend contact avec les fonderies et découvre l’étendue des disponibilités techniques offertes par le bronze. Jusqu’alors, elle travaillait avec des matériaux tels que la terre cuite, le bois ou la pierre, qui l’empêchaient d’aller jusqu’au bout de certains aspects du mouvement, ce qu’elle parvient à obtenir grâce à la fonte. Disons que ce procédé de moulage du métal fondu ouvre un éventail de possibilités expressives que Marta Moreu n’avait pas pu développer jusqu’à présent, et c’est pourquoi il semble opportun de placer ce moment particulier comme point de départ de l’étape la plus fructueuse de sa carrière. Mais l’artiste, elle, préoccupée de suivre son développement pas à pas, ne laisse pas ses originaux entre les mains des fondeurs, mais maintient toujours une relation très étroite avec ses créations et suit avec soin tout le processus : elle repasse les cires, fait personnellement le montage et l’assemblage des pièces, examine et corrige le bronze, supervise les soudures, réalise les socles et applique les finitions et les patines. Tout ceci signifie qu’entre le premier jour de conception d’une sculpture jusqu’à ce que celle-ci se trouve enfin matérialisée, le chemin est long et plusieurs mois s’écoulent avant d’obtenir la pièce définitive.
En 1998 elle revient à Barcelone et transfère son atelier de Sarria à Esplugues de Llobregat, où elle dispose d’un espace ample et lumineux ; un hangar spacieux qui lui permet de créer des grands formats, des pièces de grande taille qui sont les plus demandées des galeries d’art aux États-Unis. Avant de terminer l’année, son agitation infatigable la mène à nouveau à Paris, où elle atterrit dans le sixième arrondissement, quartier de grande tradition artistique et culturelle ; ceci lui permet d’entrer en contact avec les galeries de France, de Belgique et des États-Unis avec lesquelles elle travaille actuellement. Son deuxième séjour dans la capitale française représente pour Marta Moreu une consolidation autant au niveau professionnel que conceptuel, et un jalon transcendantal de sa trajectoire, bien qu’elle ne pouvait pas s’imaginer qu’un an après son retour à Barcelone, cela représenterait un retour à zéro : les pièces qu’elle avait réalisées, toutes les études et les esquisses, les maquettes etc. accumulées pendant cette période brûlèrent dans le camion qui les ramenait au bercail. Une cure d’humilité qu’elle sû affronter avec énergie et positivisme, en gardant les yeux sur le présent et en se disant qu’en définitive elle n’avait rien perdu et que le bagage personnel et tout ce qu’elle avait appris était sa plus grande richesse. Depuis lors, elle partage son temps entre Barcelone et Begur, un coin de l’Ampurdan où elle a trouvé le contact avec la nature qui lui est fondamental pour ses créations.

En plus de ces divers séjours, ses nombreux voyages en Chine, en Afrique ou en Inde lui ont permis d’acquérir des expériences vitales extrêmement enrichissantes qui sont venues s’ajouter au domaine professionnel, à la technique, à la maîtrise, au talent, à l’habileté, à la pratique et aux méthodes, lui faisant envisager la sculpture comme une manière de vivre et de communiquer unique et différente.

Elle perfectionne ainsi sa technique et son métier, prémisses qui sont pour elle essentielles à l’obtention de l’expression désirée, de cette connexion intime qui s’établit entre l’auteur, l’œuvre et le spectateur. Pour y parvenir, le langage de Marta Moreu se base sur la figure humaine, une référence constante qui constitue, selon l’artiste même, le langage qui se rapproche de plus de chaque individu, celui qui transcende toutes les cultures, toutes les langues et toutes les époques.

Son œuvre, depuis lors, se base sur une étude naturaliste de la figure humaine, une figure souvent représentée dans des attitudes et des situations inespérées qui nous mènent vers une lecture d’un réalisme illusionniste, dans la lignée de Magritte ou de De Chirico. C’est précisément cette coexistence entre le monde classique et le monde contemporain qui produit des images si surprenantes, avec la cohabitation d’éléments appartenant à des univers différents. Marta Moreu emploie ces stratégies dans son œuvre pour troubler le spectateur, avec des propositions qui ont pris et prennent toujours comme thème principal la rupture et la cassure des morphologies établies. Les changements d’échelle pour renforcer certains éléments au détriment d’autres ou l’absence d’éléments particuliers qui sont suggérés pour que le spectateur achève l’œuvre lui-même, sont d’autre recours plastiques qu’elle emploie pour obtenir une expression déterminée.

Son intérêt pour le paradoxe, l’énigmatique, la contradiction et l’ironie, le mélange du passé et du présent, la coexistence du rationnel et de l’ascendance surréaliste, la mène à cet équilibre des polarités que l’on trouve dans l’œuvre d’un grand nombre d’artistes historiques catalans (Gaudi, Miro, Dali…), artistes qui surent maintenir un dialogue entre le seny et la rauxa, la contention et la démesure.

Le fragment présent ou absent, mentionné ou imaginé, nous invite à participer à l’idée de globalité que nous reconstruisons du regard, nous impliquant autant dans l’œuvre que dans l’environnement qui l’entoure. L’œuvre de Marta Moreu possède ainsi une vocation spatiale qui nous permet de ne saisir complètement sa finalité que lorsque celle-ci occupe un espace et se met en contexte avec le lieu qui l’accueille.

La caractéristique fondamentale de sa sculpture est basée sur le fait de savoir conjuguer l’espace vide et l’espace plein, sur l’union de la relation qui s’établit entre la partie et le tout, sur l’intégration de l’organique et du géométrique et sur la construction d’images et de concepts à partir de la fragmentation. Une façon de faire étroitement liée à la conception de l’art qui lui est propre et qui s’est développée de façon très cohérente par le biais du langage tridimensionnel, langage qui exprime sans équivoque sa maîtrise de la forme et de l’espace.

Les constantes thématiques

Les sujets d’inspiration de Marta Moreu sont divers et on peut dire qu’ils dérivent de deux grands univers : d’une part le monde quotidien et son environnement (la famille, le couple, les enfants, le voyage, le sport, la femme, le cirque et la danse, l’univers musical…), et d’autre part le monde de l’imaginaire (les déesses et les nymphes, les échelles et les lévitations, l’animalier), toujours traités sous l’aspect du mouvement trépidant, de la mobilité débordante et de la dynamique exultante. Des êtres métamorphosés en esprits qui bougent et sont dotés de valeurs intangibles : une agitation qui les fait évoluer jusqu’au point de leur donner des signes sensibles de vie.

Elle approfondit surtout les situations quotidiennes de l’être humain, les expériences et les vicissitudes de notre temps, les coutumes actuelles et de surcroit, elle essaye de capturer le sentiment de compétitivité existant dans notre société. La musique est une des ses sources d’inspiration et sa véritable passion. Elle a toujours ressenti cet art de façon intense, et il faut mentionner qu’elle travaille toujours au son de la musique classique et que beaucoup de ses œuvres prennent comme point de départ certains opéras et concerts qui l’ont marquée, tels qu’Ophélie, l’Or du Rhin ou Faust. En bonne sportive, elle tend aussi vers des thèmes liés au sport ayant des contacts directs avec la nature.

En fait, il est impossible de détacher l’œuvre sculpturale de Marta Moreu de sa façon d’être, de sa façon de penser, de ses goûts ou de l’ambiance dans laquelle elle est baignée. Ses personnages courent, dansent, sautent, voyagent, réalisent des équilibres difficiles, flottent dans les airs… et n’ont presque jamais les deux pieds sur terre pour immobiliser l’action dans un instant précis. La femme qui monte à une échelle suspendue, l’homme qui s’apprête à descendre une spirale, le cavalier qui trotte au rythme de son cheval, l’équilibriste qui exécute des exercices d’acrobatie difficiles, le jongleur qui fait des numéros adroits et habiles, la lutte du surfer pour rester debout sur la vague invisible, la petite fille qui fait voler son cerf-volant ou le couple qui unit son chemin pour avancer ensemble, le regard pointé vers l’horizon : il s’agit là de corps en équilibre, suspendus dans l’espace, défiant en permanence la gravité (certains se retiennent d’une seule main, d’autres sur un pied ou se maintiennent tout simplement dans le vide). Tout ceci pour symboliser les luttes, les états d’âme ou les questions transcendantales qui poursuivent l’homme actuel. En fin de compte, elle désire ainsi saisir le mystère qui les rend uniques et humains.

D’autre part, elle s’inspire aussi de la mythologie et des légendes anciennes et mystérieuses qui lui servent de source iconographique. Sa lecture des textes classiques la renvoie vers la poésie méditerranéenne et la recherche des racines de sa culture. S’il existe une force particulière pesant sur l’œuvre entière de Marta Moreu, c’est bien évidemment le sens de « méditerranéité » Des femmes qui prennent des airs de déesses, qui transcendent la simple présence de l’être jusqu’au point de ne plus évoquer aucune attitude trop humaine, mais uniquement les grands mouvements fondamentaux. Déesses de la mer, de la création ou de l’air, elles matérialisent les sentiments universels, le mythe et le secret de la vie.
Les personnages féminins sont des allégories métaphoriques de la nature qui assument un caractère sacré et font allusion à l’infini, l’ouverture et le déploiement. Ce sont des présences qui nous rapprochent de l’idée de temporalité, de début, de commencement, de l’aurore, du fondement de toute chose. Des créatures indéterminées, en mouvement, fluides comme l’air ou la mer, éléments évoqués plus que définis. Des formes légères, flexibles, éthérées et ascendantes qui donnent une vision de mouvement constant, de souffle existentiel et d’incarnation des processus vitaux.

La verticalité est aussi un concept très important dans la sculpture de Marta Moreu, une verticalité qui atteint son point le plus algide avec les personnages aux échelles. Des figures allongées, filiformes, réduites à des filets de matière et qui s’élèvent au dessus de hautes échelles afin de parvenir à se connecter avec le cosmos. Une fragilité de la limite qui semble se fondre dans le rien et que l’artiste souligne plastiquement pour représenter la condition existentielle de l’homme moderne, acculé au vide qui l’entoure et à la difficulté de communiquer avec l’autre. La série « Variations sur échelles » nous montre un homme fragile qui survit dans un environnement limité, sur le point de la dissolution, et qui lutte avec énergie pour rester debout, sous la menace constante d’une chute dans l’abîme. Pour parvenir à capturer les difficultés et les incertitudes de cet homme confronté à son destin, Moreu décharne la matière, la sillonne jusqu’à obtenir des vestiges inquiétants sur le point de se désagréger.

Dans la même lignée, la suite des lévitations nous rapproche de l’homme en tant qu’entité, de l’âme, du souffle de la vie psychique. L’individu prisonnier de sa condition éphémère s’abandonne et relève la tête et le regard vers l’au-delà à la recherche de réponses pour satisfaire toutes ses questions. L’éloignement terrestre de ces personnages en flottement semble les envoyer vers un nouveau destin, face à l’espérance. Ils sont suspendus dans une zone intemporelle, voyagent dans l’espace et s’élèvent comme en transit entre la vie et la mort. Progressivement dans son œuvre, les actions qu’elle représente deviennent de moins en moins mondaines et de plus en plus spirituelles, tout en restant chaque fois plus ouvertes dans le but d’obtenir l’harmonie avec l’univers.

L’autre grand thème de Marta Moreu est le thème animalier, la vision humanisée des animaux qui lui permet de parler avec ironie et de faire la satire de la société. Elle a créé toute une faune, à mi-chemin entre la réalité et la fiction, avec laquelle elle établit des parallèles avec la condition humaine. La genèse des ces animaux humanisés, ou de ces hommes animalisés, prend forme dans sa vision humoristique de la vie et lui permet de faire une interprétation métaphorique et symbolique de l’homme et de ses circonstances. Des êtres hybrides qui font coexister l’intelligence humaine et l’instinct animal et qui dansent, jouent, se déplacent lisent ou se peignent ; des êtres à l’apparence troublante mais adoucie par un humour narquois.

En définitive, l’œuvre de Marta Moreu est une œuvre pleine de vécu et d’expériences constantes, de sentiments et d’émotions qui surgissent et viennent refléter les relations humaines ; elle s’exprime par des formes austères mais d’une grande portée visuelle. Son travail s’éloigne des simples exercices de style ou des conquêtes formelles pour se concentrer sur le regard sur soi et l’examen introspectif.

Il y a toujours cette intention de capturer l’éphémère, le fuyant, le temps qui passe pour cet homme universel… concept intrinsèque à la vie et tellement difficile à transposer dans une matière inerte. Capturer le présent déjà perdu, conserver l’intensité du moment, retenir l’immédiateté qui s’échappe, figer les traces de vie… cette permanence de la fugacité dans des regards impossibles est, en fin de compte, l’objectif de Marta Moreu, qui explore sa mémoire personnelle et la mémoire collective par le biais de références qui dénotent la lutte contre le temps au nom de la vie.

Par Conxita OLIVER
Membre de l’Association Internationale des Critiques d’Art

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