Né à Rennes, en 1962

Hervé ABBADIE développe une œuvre graphique et subtile sur le paysage urbain en mutation. Son regard de photographe voit la beauté de la composition et décomposition d’un lieu qui ne constitue qu’un simple chantier pour la plupart, et qui est en réalité une zone en perpétuel changement. Ses photos de la réhabilitation du Grand Palais sont à cet égard emblématiques. Il est reconnu par les plus grands architectes contemporains.

Oeuvres

Expositions & foires



Biographie

EXPOSITIONS DANS LES MUSEES
2005 : « Les Bons Enfants », Ministère de la Culture et de la Communication, Paris, France
1996 : « Port Royal », Abbaye de Port Royal, Yvelines, France
1990 : « Artifices », Salle de la Légion d’honneur, Saint Denis, France
1985 : « Le bus, Expérience de la découverte » Les Immatériaux, Centre Georges Pompidou, Paris, France

EXPOSITIONS INDIVIDUELLES
Egypte : Le Caire (C.C.F Institut français)
France : Paris (Galerie ARCTURUS, Galerie Rabouan Moussion, Palais des Congrès, La Terrasse Passage du Désir, Galerie du Bateau Lavoir, FNAC Montparnasse, Espace photographique des Halles) ; Yèvre-la-Chatel (« Passage » l’Orangerie) ; Rodez (« Passage » La Menuiserie) ; Nimes (« Architecture d’une ville »)
Suède : Stockholm (« Paysages »)

COLLECTIONS PUBLIQUES
France : Bibliothèque Nationale de France, Paris ; Maison Européenne de la Photographie, Paris
Etats-Unis : Museum of Contemporary Art, Chicago

FOIRES
France : Lille Art Fair (Galerie ARCTURUS), Lille ; Elysées de l’Art (Galerie ARCTURUS), Paris ; Paris Photo, Paris ; FIAC, Paris

COMMANDES PUBLIQUES
2009-2010 : Commande photographique sur les paysages de l’OIN du plateau de Paris-Saclay
2008-2011 : Mission photographique sur les aménagements urbains de la ville de Massy Palaiseau
2007-2009 : Mission photographique sur la construction du siège social de la Banque Européenne d’Investissement à Luxembourg
2005-2011 : Commande sur le chantier des terrains Renault à Boulogne, SAEM Val de Seine, Boulogne Billancourt
2002-2004 : Commande sur le chantier de l’immeuble rue des Bons Enfants, Ministère de la Culture, Paris ;
Commande sur le chantier du Grand Palais, Ministère de la Culture, Paris
1997-2000 : Commande sur la transformation de la Zac Alésia-Montsouris, RATP-SADM, Paris
1998 : « Sur les quais », images pour une exposition d’Alexandre Chemetoff et Bertrand Lemoine, Pavillon de l’Arsenal, Paris
1996 : « Limites Urbaines, Stockholm », Ministère des Affaires Etrangères, Paris
1995 : « Extérieur Ville, Intérieur Vie », images pour une exposition de Jean-Paul Robert, Pavillon de l’Arsenal, Paris
1994 : « Le Tepee », SEMAPA, Zac Austerlitz-Seine Rive Gauche
1992 : « Architecture d’une ville », commande sur le patrimoine, Ville de Nîmes

BIBLIOGRAPHIE
2010 : « BEI, un regard photographique », Images en Manœuvres Editions ;
« Une Machine publique, Unité de traitement Seine Aval » SIAP, Editions TerreBleue, Paris ;
« Le défi du Renouvellement Urbain » Groupe 3F, Archibooks, Paris ;
« Gaëtan le Penhuel Architectes » Editions Alternatives, Paris
2009 : « Lycée Pierre-Joël Bonté Riom, Emmnanuel Nebout architecte » Archibooks, Paris ;
« Le Pont Renault » Bernard Chauveau Editeur
2008 : « Annuel optimiste d’architecture » les Editions de la French Touch ;
« Les cathédrales de l’eau », Editions Jean-Michel Place, Paris
2007 : « Renaissance/Musée Fabre, Montpellier », Ante Prima, Paris ;
« Hines France », Ed Jean Michel Place, Paris ;
« Les portes d’Arcueil », Ed Chêne, Paris
2006 : « AAM/Atelier Chaix et Morel » Ante Prima, Paris
2005 : « Alain Sarfati, la preuve par neuf », Ed du Layeur
2004 : « XX Lofts » onlybook, Lofts PublicationsBarcelona, Espagne
2002 : « Small Urban Interiors » Loft Publications, Barcelona, Espagne
2001 : « Paris maisons de Ville », La Martinière, Paris
1995 : « Sichtbar/Unsichtbar », Acht Fotografen den h das Deutschen Bundestages in Bonnn Ed. Braus, Heidelberg2001 :
« Patrimoine Industriel et Urbanisme », Les Ateliers de Montrouge RATP SADM
1993 : « Collectif Image », La Forge, Paris
1992 : « Jean Nouvel Emmanuel Cattani », Arc en rêve, Bordeaux
1991 : « Béton matière d’Architecture », Ed. Regirex, France
1987 : « Photo Plastique », Catalogue vidéo, Paris
1986 : « Ce que montrent les Images », P.U.V., Vincennes
1985 : « D’une Exposition l’Autre», Paris Audiovisuel ;
«91 propositions concernant la photographie-étalon»,P.U.V. ;
« le Bus, Expérience de la découverte » Les Immatériaux, Centre Georges Pompidou

Presse



Textes

HERVE ABBADIE, A LA RECHERCHE DE L’ENTRE DEUX

Si Hervé Abbadie hante les immeubles en construction ou en rénovation, ce n’est pas par nostalgie du temps qui s’en va ou pour glorifier un monde à venir. C’est pour observer en direct les moments d’entre-deux où, dans l’attente du produit fini, se révèlent les processus mis en œuvre par l’architecture, tandis qu’émergent les interrogations liées à sa nature. Le chantier aurait-il une esthétique propre ? Un bâtiment en construction serait-il plus beau qu’un bâtiment fini ? Rudes questions pour l’architecte spectateur de ces photographies !

Fidèle lecteur de la presse architecturale, vous avez forcément vu les images réalisées par Hervé Abbadie pour le compte de magazines ou d’agences d’architecture. Ces photographies régulièrement reprises par les revues ne constituent pourtant que la partie émergée de son travail. A côté de ces vues composées selon les règles et les codes en vigueur dans les publications d’architecture, il produit d’autres vues moins orthodoxes de bâtiments en deconstruction – au sens derridien du terme ! Il doit y avoir en lui un Mister Hyde qui l’incite à saisir l’architecture dans les moments particuliers de sa constitution, montrant un univers que le public des architectes regarde moins, plutôt enclin à ne valoriser que l’objet fini.
« Dans ces photographies, je m’intéresse aux problématiques de l’entre-deux, explique Hervé Abbadie. Je cherche à rendre compte des processus mis en œuvre par l’architecture. »Le lieu de cet entre-deux, c’est précisément le chantier, qu’Hervé Abbadie hante avec acharnement jusqu’à ce qu’il trouve ce qu’il y cherchait. « Mes images forment une sorte de documentation. Je vois des choses qui n’existent que pour le photographe, les petits épisodes de chantier que le public, qui n’y a pas accès, ne voit pas et que les ouvriers, qui travaillent, n’ont pas le temps de regarder. » Ces clichés présentent toujours une structure simple : frontaux, pris à la chambre, avec un objectif standard réglé sur l’hyperfocale. Cet appareillage élimine les effets pour se concentrer sur l’essentiel, qui est pour lui la construction d’un regard : « Je veux éviter le spectaculaire, replacer le spectateur dans un rapport avec l’image identique à celui que j’avais face au lieu, au moment où j’ai réalisé la photographie.»
Pour cette raison la restitution du documentaire passe souvent par des tirages de grande taille qui permettent d’entrer dans les détails de ces photographies faites d’allers et retours entre le tout et les différentes parties : cadre dans les cadres, désaxements, collision des échelles, invitent le regard à se déplacer dans l’image. Prises dans le monde abstrait du chantier, certaines échappées du regard dans les fragments de la photographie nous ramènent vers des éléments connus : c’est ici un élément métallique noyé dans une trame d’échafaudage qui nous permettra de reconnaître le Grand Palais ; là, une bande d’une dizaine de centimètre (dans un tirage de 180 centimètres de haut) insérée au milieu d’un réseau de structures, qui renfermera les monuments les plus remarqués du Paris historique. « Je ne crois pas en l’image avec un sujet au centre. Je préfère construire des images polycentriques, où plusieurs éléments sont susceptibles de capturer le regard indépendamment les uns des autres. » Ce jeu entre le tout et les parties est prolongé par l’organisation des photos en série, à travers dyptiques, tryptiques et livres.

Le chantier comme installation

Les bâtiments en construction seraient-ils devenus les plus grandes et les plus éphémères galeries d’art contemporain ? Confronté à cette esthétique durant les treize années d’enseignement à l’université de Saint-Denis, Hervé Abbadie semble avoir redécouvert sur le chantier tous les registres d’expression de l’art contemporain, de la peinture pariétale au Land Art. Le spectateur retrouvera par lui-même les références qui traversent tous ses clichés. Mais si le chantier prend parfois des allures d’installations, le photographe se garde bien d’intervenir sur l’image. Il n’est pas non plus dans le constat ou les levées de réserves. L’intérêt de la photographie est de raconter une histoire constituée d’épisodes successifs, de montrer un côté éphémère et accumulatif des matériaux, leur submersion dans la mise en œuvre. « Les chantiers sont des moments où se révèlent des aspects que l’on ne reverra jamais aussi bien une fois le bâtiment terminé, comme les structures, visibles au moment de leur construction ou de leur redépouillement. J’enregistre ces traces vouées à être effacées, ces strates archéologiques qui réapparaissaient fugitivement. » Peu présent, sinon à travers les outils qu’il laisse au pied du mur, l’homme apparaît parfois sous forme de petites figures qu’Hervé Abbadie qualifie de Brugheliennes. Multitude anonyme guidée par une tâche bien précise au sein de l’environnement chaotique d’un site en travaux. Un mélange de violence et de méticulosité qui président à la création de cet univers en réduction qu’est un bâtiment.

Par Olivier NAMIAS
D’ARCHITECTURES 172 – AVRIL 2008

Hervé Abbadie développe depuis plus de vingt ans un travail sur la photographie transformative portant sur le thème particulier de la ville en mutation. Les recherches mises en œuvre par Hervé Abbadie tout comme Jeff Wall, Jean Marc Bustamante, Jean-Louis Garnell ou Walter Niedermayr interrogent la représentation des lieux toujours aux prises avec les références à l’histoire de la peinture: les compositions, les formats, les références qu’ils utilisent sont tout à fait caractéristiques à cet égard.

Constitué sous la forme de corpus d’images davantage que de véritables séries indissociables, les images s’attachent à montrer les entre-temps des chantiers, ces moments loin du démonstratif ou de l’achevé qui présentent un ensemble de formes inédites et évolutives entre un sens passé, aboli, et une perception actuelle incomplète. La perception de cet écart entre deux incertitudes, entre deux inachèvements, c’est celle du temps, du temps pur, au sens de Marc Augé.

Si les images d’une précision impressionnante d’Hervé Abbadie traitent d’une réalité non fabriquée et non manipulée, se référant ainsi ici et là à des précurseurs tel que Lewis Baltz ou Bernd et Hilla Becher, il n’entend pas réduire sa pratique à une simple démarche documentaire. Il invite le spectateur à une réflexion sur notre relation à l’histoire et au patrimoine par l’utilisation de la photographie.

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