Né à Paris en 1933 - Décédé à Paris en 2014

Franck DUMINIL est un artiste qui a choisi la Galerie ARCTURUS dès sa création, et a construit une oeuvre fortement ancrée dans l'abstraction lyrique. Ses tableaux dégagent des lignes de force à travers un travail subtil de superposition et de couleur.
Ses oeuvres sont dans de nombreuses collections publiques et il expose dans le monde entier, notamment en Chine.

Oeuvres

Expositions & foires



Vidéos

Exposition "Hommage à Franck DUMINIL"

2015

Biographie

EXPOSITIONS DANS LES MUSEES
2000 : “ Coup de cœur ”, Musée de l’Unesco, Beyrouth, Liban
1995 : Musée de Shangaï, Chine
1993 : Musée Sursock, Beyrouth, Liban
1990 : France-Japon, Musée Municipal, Tokyo

EXPOSITIONS PERSONNELLES
Allemagne : Bonn (Modern Art Galerie) ; Heidelberg (H.S. Kunst Galerie)
Belgique : Jemmeppe sur Sambre (Galerie Balastra)
Canada : Toronto (Galerie Artmosphère)
Chili : Santiago (Institut Culturel Las Condes, Institut Culturel Français) ; Valparaiso (Institut Culturel Français)
Chine : Musée de Ningbo (Duminil-Zhangmu), Musée de Shaoxing, Musée de Zhejiang
Espagne : Barcelone (Galerie Maria Villaba i Badia)
Etats-Unis : New York (Maison Française de Columbia University)
France :Paris (Galerie Arcadia, Galerie ARCTURUS, Galerie Dion, International House, Hôtel Nikko, Fondation Strafor, Galerie d’Art de l’hôtel Astra, Galerie AA, Galerie Samagra , Galerie Anne-Marie Galland, Centre National des Caisses d’Epargne, Galerie R.S.G. SAGA – “ Pigments des toiles ” Porte de Versailles, Galerie d’Art ADP, Orly Ouest, Hôpital Bretonneau, Espace Chatelet – Victoria), Villefranche du Rouergue (Cloître de la Chartreuse) ; Auvers sur Oise (Maison de Van Gogh) ; Aix les Bains (Galerie Bagatelle) ; Avignon (Galerie Serignan) ; Ajaccio (Galerie du Cardinal), Bordeaux (Galerie Plexus), Evian (La Grange au Lac, Royal Club Evian), Gordes (Galerie Pascal Lainé), Lille (Galerie Sonia K) ; Marc en Baroeuil (Galerie Septentrion) ; Mers les Bains (Traverse) ; Nice (Galerie A, Galerie Nocera) ; Rouen (Galerie Eric Le Gallo) ; Vaison la Romaine (La Ferme des Arts, Galerie Montfort)
Grande Bretagne : Oxford (Maison Française d’Oxford)
Luxembourg : Fchtemach-Luxembourg (Galerie Schortgen, Galerie Castan)
Suisse : Genève (Galerie du Musée) ; Collex-Bossy (Chapelle de Collex)

EXPOSITIONS COLLECTIVES
France: Paris (Galerie Cimaise de Paris, Maison des Jeunes et de la Culture, Neuilly, Galerie de l’Aéroport de Paris Orly, Galerie Arpa, Galerie du Château de Vascoeuil, Château de Fontainebleau, Galerie Aresta Bibliothèque Duhamel, Mantes la Jolie, Galerie Alias, Galerie AA, Galerie Samagra , Espace Cardin, Galerie Aittouares, Fête des Artistes, L’Art à l’Ecole. Art et Sports, sous les auspices du Ministère de la Jeunesse et des Sports, Art Pontoise, Fruits de la Passion, Maison Mansart, Galerie ARCTURUS, Espace Chatelet-Victoria, Art Accès, Espace Commines, France – Japon, Galerie Corianne) ; Ajaccio (Galerie du Cardinal) ; Avignon (Galerie Sérignan , Arte Nime) ; Bordeaux (Galerie Plexus) ; Clairefontaine-en-Yvelines (Château Ricard) ; Conilhac-Corbières (L’art dans le Ruisseau) ; Deauvilles (Eglise de Toucques) ; Fontenoy (Chateau du Tremblay) ; Nancy (Galerie Internationnale) ; Le Touquet (Galerie Demay-Debeve) ; Louveciennes (Maison de l’Etang) ; Lot (Château de Lacapelle Marivat) ; Marc en Baroeuil (Galerie Septentrion) ; Rodez (Maison des Jeunes et de la Culture) ; Strasbourg (Galerie Espace Suisse) ;
Allemagne : Heidelberg (H.S.Kunst Galerie) ;
Japon : Tokyo (UNESCO, Temple Josenji)

FOIRES
France : St’Art (Galerie ARCTURUS), Strasbourg ; Salon d’Automne, Paris ; Mac 2000, Paris ; Regard 18, Paris ; Comparaison, Paris ; Salon Grands et Jeunes d’aujourd’hui, Auteuil ; Jeune Peinture, Courbevoie ; Salon du Dessin et Peinture à l’eau, Paris ; Itineraire 93, Levallois

COLLECTIONS PUBLIQUES
France : Musée d’Air France, Eglise N.D. de Lourdes, Paris ; Société Rexel, Fondation Colas, SOFIA, Etablissements Peignen – Melun ; Agence Française de Développement, SEFRI-CIME – Tour Maine Montparnasse, Paris ; Palais de Justice de Lyon la Part-Dieu Lyon (Duminil – Borderie)
Chin: Musée de Ningbo 

PRIX
1994 : Lauréat du Concours Cegedim

BIBLIOGRAPHIE
2002 : Duminil, Lydia Harambourg
2000 : Quinze ans de peinture Contemporaine, Dominique Stal, Ed. Maisonneuve et Larose
1999 : Dictionnaire des Peintres de Montmartre, Ed. André Roussard
1994 : Duminil, Monographie, G. Xuriguéra. Ed. Garnier-Nocera
1989 : Bleu, Blanc, Rouge, Sylvain Hitau-Isabelle Gros, Editions Hermé
1967 : Le Sexe de la Femme, Gérard Zwang. Ed. Lajeune Parque

Presse – Articles : Demeures et Châteaux – Art et Spectacles – Le Monde – L’Information – Galerie des Arts – Le Progrès de Lyon – Sud Ouest – Nice Matin –Les Dernières Nouvelles d’Alsace – El Mercurio – Ercilla – Le Wort – Tag Blatt – Rhein Neekart Zeitung – Passagen – Artension – Gestion de Fortune – France Amérique – Fr3 Bretagne – Fr3 Alsace – Art et Décoration – Pratique des Arts – La Gazette de l’Hôtel Drouot – Art et Décoration

Presse



Textes

POURQUOI L’ABSTRACTION ?

Peintres, sculpteurs, bien que notre langage s’exprime de façon préférentielle par le biais des moyens d’ordre plastique, le non relais que nous ressentons, à tort ou à raison, dans les domaines de l’éducation, des pouvoirs cultuels et des différents autres moyens de soutien et de communication nous conduisent bon gré, mal gré, à nous questionner ; tentative qui à l’identique de notre démarche artistique inclut le doute, l’affirmation, l’orgueil, la modestie.

Dire ici et maintenant notre ressenti devant le papier, la toile, la pierre, le métal, essayer de saisir le sens, l’actualité et la finalité de cette démarche artistique, induit une réflexion plus vaste qui à trait à la manière dont nous percevons notre intégration dans le moule d’un cadre social de plus en plus élargi hors des frontières. L’oeuvre le travail, se situent d’abord, selon moi, dans un temps autre, le regard, le recul donné aux générations à venir permet de juger de l’apport de tel ou tel courant, de telle ou telle, expression artistique qu’elle soit collective ou individuelle.

En fait, la nécessité artistique telle que nous la vivons est à l’inverse du domaine des sciences appliquées catégorisées « utiles » et « productives ». Nous nous inscrivons, je pense, dans une autre conception de l’utilité, et nous réfutons les notions de progrès, de mode ainsi comprises. Ravel ne progresse pas vis-à-vis de Bach, Montaigne vis-à-vis de Platon, Sénèque… visionnaires d’un essentiel privilégié, propre à l’Homme, ils ont nourri les générations qui leur ont succédés et imprègnent le présent de notre civilisation dans ses différentes composantes. C’est donc, à l’aide des matériaux traditionnels que nous essayons d’atteindre pour nous-mêmes et pour les autres en profondeur dans la recherche d’un pressenti inexprimable, recherche entamée depuis les origines de notre espèce et qui n’a cessé d’interroger les civilisations successives – lien entre le passé et le futur, ancrage dans notre spécificité, nourriture nécessaire, véritable quête universelle, toujours inachevée. Dans cette attitude le propos importe peu, l’émotion ressentie devant elles toiles de Rembrandt, de Goya, de Picasso se situe au-delà du motif, du sujet, de l’anecdote ou du thème présenté.

Pourquoi l’abstraction ? En peinture, en sculpture, la tentative abstraite qui fait suite à l’impressionnisme et au cubisme nous apparaît toujours l’un des moyens privilégiés de voyager vers l’essentiel.

L’usage de la main, partagé avec nos prédécesseurs et par d’autres approches artistiques, permet une transmission qui se distingue de la pure cérébralité en tenant d’exprimer dans un partage équitable d’autres facettes de notre conscient et inconscient – cérébralité et cœur confondu :sans rejeter pour autant le rôle nécessaire d’un intellect, instrument de mesure de contrôle. La main, instrument du sensible permet le voyage vers l’insaisissable, d’atteindre l’humain dans sa globalité.

Sans dogmatisme et désencombré de prétextes ou d’écrans, l’abstraction nous semble à l’identique de l’art musical ou poétique, la discipline la plus apte pour atteindre l’essentiel d’un art qui n’a strictement rien à voir avec la notion de concept prise dans son sens actuel d’Art Conceptuel ; car évidemment les mots « concept » et « esthétique » sont parties prenantes de notre équipée. En fait, nous travaillons dans une recherche d’unité de la matière et de l’esprit.

Au sein d’une époque qui se cherche, soumise à des grandes mutations, à des impératifs mal maîtrisés de rapidité, d’efficacité, d’images, une action créative apparaît donc comme utile, mêlant aventure et ressourcement, se développant à l’aune d’un regard s’accordant le temps du recul nécessaire.

Dans la passion et la plaisir partagés, l’abstraction se veut donc parmi d’autres, authentique et libre ; synthèse du travail de nos prédécesseurs et dans la liberté d’aller puiser dans des traces, signes archéologiques et autres, dans l’évolution d’un gestuel contrôlé, elle en cela contemporaine.

Avant-gardistes pour certains, réactionnaires pour d’autres, nous sommes ailleurs, peut-être de éveilleurs, sûrement résistants.

Par Franck DUMINIL
Paris octobre 1999

FRANCK DUMINIL

Quelle abstraction et pour quel devenir ? Celle de Franck Duminil s’enracine au-delà des limites du temps et de l’espace, dans le champ virginal offert par la toile. Sa peinture y inscrit les signes d’une réalité transposée qui ne peut que nous amener à reconsidérer notre approche du réel. Toute l’histoire de l’abstraction est faite de ces allers et retours du sens, de ces questionnements sur les formes ou les non-formes et des relations qu’elles entretiennent avec la contemporanéité. La question du choix de figurer le monde ou d’avoir recours à de l’informel se repose à chaque fois que le souffle créateur anime un artiste. Un clivage sectaire entre les deux pôles a trop souvent semé la confusion dans les esprits et entraîné un déterminisme sclérosant et préjudiciable à ce qui, primitivement, se définit comme l’expression d’une forme de vie.

La peinture de Duminil s’impose à nous, dans un premier temps, par l’évidence de son bonheur de peindre. Peinture-peinture, d’abord. Voilà ce que nous disent ses toiles avec lesquelles s’installe un rapport immédiat et impétueux. Elles sollicitent notre regard attentif et solidaire, exigeant un partage commun à l’aune de cette épreuve faite du plaisir et du labeur continu menée dans l’atelier. C’est parce que notre perception du réel est opaque, autant infléchie par notre connaissance que par notre inconscient, que l’abstraction continu d’explorer de nouveaux territoires plastiques. Il ne faudrait pas omettre le mouvement fébrile, la force irrésistible qui déclenchent ces interventions et qui ne sont autres que l’émotion. Mû par une inspiration jaillie du plus profonde de lui-même, le geste transfigure en pure poésie les éléments constitutifs de la peinture, les lois organiques qui président à son élaboration, à savoir, le signe et la matière, la couleur et l’espace.

L’abstraction de Duminil est une transposition du réel par laquelle il donne à voir ses sentiments. Ce qui frappe au premier contact visuel, c’est l’efficacité plastique qui outrepasse le discours. On pressent que si l’intensité d’évocation figurée est à l’unisson d’un vécu, elle ne vaut que par celle du regard porté sur la toile. Que Duminil soit inspiré par la nature, par des paysages cosmiques traversés d’éléments naturels dans lesquels l’on croit reconnaître des sédimentations originelles, des astres et des éclairs, des tempêtes et des îlots, nous le devinons, mais ses éblouissements informes comme ses béances colorées sont tout autant l’expression de son langage pictural, celui-là même du pouvoir que la peinture est la seule à posséder et à révéler. Il n’est que de regarder certains grands maîtres du passé, d’extraire quelques fragments des chefs-d’œuvre du Titien et de Rembrandt, de Goya ou de Courbet, et aussi de Turner et de Monet pour mettre en lumière la vigueur de la couleur et la pertinence du signe, comme partie intégrante de la démarche par laquelle l’artiste parvient au vertige palpable de la beauté. Avec les enjeux plastiques véhiculés par l’abstraction qui a fait table rase des canons du beau, les critères de la beauté ont été détournés, se sont déplacés en privilégiant l’élan vital pointé par Bergson et l’intuition.

Ici, la surface de la toile renvoie à la profondeur de soi pour entreprendre une promenade intérieure. Recourir à l’informel ne veut pas dire ‘sans forme’ mais, ‘non formel’, comme l’a précisé Michel Tapié. Duminil le sait. Lui dont la conduite créatrice s’arc-boute sur la cristallisation des liens syntaxiques qu’il ravit à la nature pour en délivrer la profonde harmonie. Chez lui, l’émergence des signes construit l’espace pictural. Quant à la matière, elle est le véhicule matriciel, celle qui donne une consistance magnétique aux vibrations lyriques qui parcourent la surface. Les coups de pinceau ne sont jamais donnés au hasard, mais procèdent simultanément de sa spontanéité et de sa réflexion, entre l’urgence de traduire la sensation immédiate et sa transcription. Tout calcul s’avère vain, alors même que la nature originelle des signes a une vocation ordonnatrice innée. Il va à l’essentiel. Avec vigilance et enthousiasme, il élabore sa vision en profond accord avec la conscience qu’il a du monde et de l’homme.

Cette fertile et flamboyante vitalité qui anime ses peintures entre aujourd’hui dans une phase de plénitude dont son langage pictural s’en trouve régénéré. Une effusion particulière perçue non plus uniquement comme dynamique, mais comme la conséquence des valeurs chromatiques parvenues à saturation. Le coloriste convoque la lumière en tant que réalité tangible. Elle rend visible ce qui ne peut être visualisé. Lorsque sur le champ crayeux de la toile parcourue d’éclairs, de signes cosmiques, la matière s’arroge un territoire, elle déverse des petits corpuscules colorés identiques à un élément atomique dont la charge pulsionnelle réactive l’espace pictural qui participe alors à la création d’un univers. La matière picturale aspire à une réalité physique qu’elle seule peut lui donner. Des parcelles d’espace tissent une cartographie qui procède par déflagrations. Seule l’énergie peut permettre l’affrontement avec la planéité, elle seule encore a la faculté d’inventer le langage adapté à sa ferveur, d’en trouver les équivalences et les tensions en les traduisant par des failles, des balafres, des crevasses souvent imprévisibles, mais jamais fortuites.

L’une après l’autre, les toiles nous aident à franchir toutes les limites, à commencer par celles d’une vision naturaliste et mimétique. Duminil transgresse toute organisation formelle. Les voies sont multiples et les périples toujours réinventés. Des lignes diaphanes aux arabesques appuyées, des périmètres flous aux césures franches, des scansions aux lignes calligraphiques, épandus sur un fond qui ouvre automatiquement la toile, notre regard se laisse ravir par ces propositions qui renouvellent la matière, le signe, la couleur, transposés en éléments autonomes d’une réalité autre, celle de la réalité de la peinture qui a rompu avec le pragmatisme des choses de la vie.

La toile s’anime au rythme de l’avancée de la création picturale. Dans ce cratère promis aux explosions chromatiques, aux apparitions matiéristes, aux poussées colorées, le blanc originel rayonne et entraîne la plus raffinées des lectures. C’est ce blanc, coloré parfois de gris, de clair-obscur, qui absorbe la spatialité, la dilate pour la réactiver en donnant au champ d’investigation picturale, sa présence physique. Les peintures récentes nous font approcher de ce sentiment d’intimité entretenu avec la matière-lumière. Un souffle particulier parcourt le tableau devenu la révélation d’un événement. Ici surgissent des condensations de couleurs vives d’une palette toujours riche, ailleurs, de grandes vagues installent des îlots, des respirations, avant que ne déferlent des incisions tordues. Dans une liberté insolente, l’éclosion radieuse des signes se met à l’unisson de ses interrogations, des ses enthousiasmes mais aussi de ses doutes, alors que les élans vitaux sont visualisés somptueusement.

Arrivé à cette étape, la véhémence, pour Duminil, prend un sens. Elle dissémine et reconstruit. L’espace s’ouvre à l’infini alors que la germination graphique crée une nouvelle dimension sémantique. Les turbulences qui caractérisaient les toiles précédentes se fluidifient, même si certains fragments revendiquent encore une gravité et une tension dans la densité des rapports picturaux. En pleine possession de ses moyens, Duminil laisse s’épanouir un lyrisme qu’il n’a aucune raison de juguler. Il sublime son émotion. Les inflexions formelles, colorées et spatiales que nous constatons aujourd’hui sont le plein accès à un langage poétique devenu le sien. Les couleurs participent de cette métamorphose qui affirme pleinement la constitution d’un style autonome. Elles revendiquent leur hétérogénéité, leur diversité chromatique dans un épanchement parfois dominant de rouge, de bleu, et de jaune.

Franck Duminil est plus que jamais de son temps. Si l’entrée en abstraction correspond à un appel intérieur, le lyrisme secret qui l’habite trouve à s’exprimer dans un langage pictural dont l’intense vitalité circule sous la matière, en ravive les flux que seule la peinture peut révéler. Celle de Duminil nous en permet l’expérience.

Par Lydia HARAMBOURG
Historienne Critique d’art
Mars 2002

LES MIROIRS DES VENTS

Peintre d’un « abstrait libéré » qu’il revendique dans l’ensemble de sa complexité et dont les interprétations ne se singularisent pas uniquement dans les empâtement de la brosse, Franck Duminil ignore les caprices de la mode pour trouver sa place dans le développement de la peinture non-figurative devenant ainsi un de ses contemporains. « Dès la préhistoire, dans l’art, dit l’artiste, le message essentiel est déjà inclus dans sa totalité. Mais il nous est donné à voir, à faire vivre, en le nourrissant d’éléments propres à notre époque et ainsi à le transmettre. Pour moi, l’art, bien qu’évolutif, échappe dans son essence à toutes notions contemporaines de progrès, à tous phénomènes de modes, de dogmes… ».

« Empreintes », « Aube des Sables », « Traces des temps », « Parallèle des brumes », pour l’artiste, l’abstrait pourrait être aussi bien un état réfléchi de la réalité qu’une figuration paradoxale qu’il n’éprouve pas comme une rupture du concret mais comme un approfondissement chromatique de sa substance. Une empreinte sur le sable, une brume, le vent, une trace, la naissance ou la mort d’une journée, tous les thèmes des tableaux existent dans la vie, plus flous peut-être que la structure définie des objets, plus larges, plus échappant aux normes, ils font néanmoins partie de ces fonds de réalité que l’artiste prélève et libère sur toile.

La démarche est délicate pendant que la technique, à l’aide des couleurs, divulgue son souci d’agrandir la forme par la mise au clair de sa condition d’existence. Du noir cru et du bleu lavé, du blanc dévoré par le gris, filaments de jaune, griffe de blanc, poème en feuille d’or et anecdote de rouge, la peinture de Franck Duminil reste, avant tout, une grande aventure dans l’univers des couleurs. Le motif n’est jamais reconnaissable dans les masses de teintes qui s’avancent et se creusent et si la carnation abstraite des toiles enjolive le visible, l’essentiel ici n’est pas l’ambiguïté mais ce mystère par lequel on peint le vent ou l’aube, la brume ou les rides du temps.

Par Radu VASILE, 2003

FRANCK DUMINIL

Franck DUMINIL appartient à cette catégorie d’artistes indépendants, qui sans renier leurs sources, se sont ménagés des chemins bien à eux. Au vu de l’ensemble de son itinéraire, on situera d’emblée son œuvre à la périphérie de l’abstraction lyrique sinon gestuelle, mais avec ses particularités intrinsèques. Il fait par conséquent partie de cette frange d’artistes qui ont bâti leur démarche sur l’organisation non référentielle des signes et des formes.

Observant son cursus, par sa génération et l’environnement artistique de ses débuts, à la charnière des strates qui tressèrent l’abstraction dite lyrique, ses admirations, l’aboutissement de ses réflexions, et surtout son inclination intime, Franck DUMINIL ne pouvait qu’enrichir le champ d’investigation de cette peinture de pure intuition, dont il ne se lasse pas de souder les virtualités, en modifiant continuellement les axes d’approche.

On l’aura compris, par son essence et la nature de ses composantes, sa peinture ne représente pas. Rebelle à toute ressemblance, elle implique une vision intérieure, même si elle se veut cosmogonique, dans la mesure où le monde du dedans est indissociable de l’autre. Mais quelle que soit sa formulation, toujours proche d’une énergie arc-boutée, régie par la spontanéité de la main servante, cette démarche ne procède pas, au départ, d’un sujet ou d’un thème déterminés. Elle participe d’un engagement strictement émotionnel, qui repose sur une liberté d’improvisation maximale, agité par un faisceau de sommations gestuelles, d’où est exclue toute préméditation. D’ailleurs, la transcription des états intérieurs, dans un art principalement basé sur l’émission directe du sentiment éprouvé, ne suppose aucun écran, nul intermédiaire, entre l’urgence de la sensation enregistrée et sa matérialisation picturale. Aussi, ne faut-il voir dans cette captation de l’essentiel, que la médiation émue de l’outil et du bras qui en ourdissent l’impetus vital. Ceci ne signifie pas que l’effervescence des formes délivrées dans leur phase de cristallisation, engendre un quelconque désordre ou une approximation redevable à leur déversement précipité. Si tout calcul s’avère répudié, un ordre interne, une vigilance étudiée, autant soudés à l’instinct qu’à la somme d’expérience réflective engrangée, président au perpétuel enfantement des unités du tableau.

Par Gérard XURIGUERA
Extraits de « Franck DUMINIL, un lyrisme retenu », Editions Garnier Nocera , 1994

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