Né à Paris, en 1957

Olivier JUNG réalise habituellement des œuvres sur toile où la couleur dans sa plénitude construit le tableau, et le trait, écriture, donne les motifs. L’univers est proche de l’abstraction lyrique, avec quelques suggestions de forme poétiques tels que des oiseaux, des silhouettes. Il aime aussi le dessin à l’encre noire, exercice de liberté intime qu’il pratique régulièrement et avec un bonheur constant.

Expositions & foires



Biographie

FORMATION
1987-1991 : Activité journalistique : illustrations diverses.
Enseignement de la photocomposition et de la maquette à l’EREA
1985-1987 : Détaché à la ville de Paris. Retour au dessin et à l’atelier
1981-1985 : Enseigne à Lyon
1981 : CAPES
1980 : Licence Arts Plastiques

EXPOSITIONS PERSONNELLES
France : Paris (Galerie ARCTURUS, Galerie Linz, Galerie du Fleuve, Galerie F. Roulette, Galerie de l’Horloge)
Suède : Stockholm (Galerie Jan Wallmark, participation de l’Institut Français)

EXPOSITIONS COLLECTIVES
France : Paris (Galerie ARCTURUS, Galerie du Fleuve, Galerie F. Roulette, Galerie de l’Horloge, Galerie Art & Patrimoine, La Coupole, L’Oreille Cassée)

AUTRES REALISATIONS
2002 : Parution des « Animaux Animés », Edition Flammarion.
2000 : Participation à l’ouvrage « Novembre » de N. Malinconi pour la collection « L’essentiel au détail », Edition l’ABcédaire.
1999 : Commande de cinq couvertures par les Editions Flammarion.
1994 : Commande de la compagnie de danse « Fattoumi-Lamoureux » d’une série de monotypes (portraits de danseurs).
1993 : Centre National de Danse Contemporaine d’Angers.
Réalisation d’une série de dessins sur le spectacle « Miroir aux Alouettes » ; de l’affiche du spectacle avec le graphiste P. Apeloig ; d’une seconde affiche et du visuel de la compagnie avec Art Kas-Graphisme

Presse



Textes

DE LA PESANTEUR A LA GRÂCE

Dire son temps sans dénoncer, mais regarder, questionner. Sortir de l’anecdote et de son contexte tout en parlant de l’humain, en nous parlant.

Olivier Jung utilise la peinture à l’huile sur des formats normalisés. Les sujets, ici des oiseaux, sont essentiels, tant qu’ils ne pèsent pas par leur forme. Ils sont libres et peuvent se transformer tout en conservant ce qu’ils sont.

Olivier Jung s’inscrit, à travers les expressions d’un De Kooning, des Cobras, pour se décaler et être profondément de son temps.

La couleur dans sa plénitude construit le tableau. Le trait, écriture donne les motifs.

L’ensemble fusionne, perd son axe, se décentre, tourne, les points d’entrée sont multiples et ouvrent les champs d’interprétations.

Le poids des choses est là, déterminé, parfois violent et pourtant cela tombe, remonte, virevolte, instable jusqu’au vertige et nous renvoi à notre condition actuelle faite de pesanteur et de grâce. Ce tremblement, ce saisissement nous ravit et fascine.

Par Jean-Yves MESGUICH
Paris le 6 juin 2005

OLIVIER JUNG OU LE VITRAIL DU MONDE

D’abord, on ne les entend pas. A dire vrai, on ne les voit pas non plus. Ce qu’on entend d’abord, c’est la couleur. Ce qu’on voit, ce sont des vitraux. Clairs, frais, sanguins, spirituels et pourtant terrestres. Question de distance, bien sûr. Mais pas seulement: question d’oeil et de cerveau. De voir et de savoir ; de connaissance et de reconnaissance.  » Cette tache verte, là, c’était donc un étang ? « , disait Cézanne. Va et vient de la rétine à la conscience, du réel à la toile.
Des vitraux donc, dont la résille bougerait, flottante, déplacée, bousculée par les taches que celle-ci, pourtant épaisse, ne parviendrait pas à cerner de son trait noir. Ça vit là-dedans, ça frémit, ça éclate, et pourtant ça tient. Mouvement des taches et architecture du trait : peinture. Peinture en série, elle-même en mouvement, débordant du cadre toujours trop étroit, toujours désireuse d’un avant et d’un après, d’un au delà, de la vie qui pulse. C’est toujours beau, une série : c’est du temps saisi-lâché, des éclats d’infini. Et, plus profondément, c’est une érotique inépuisable de l’art et de la vie qui produit des humeurs, des liquides colorés, des formes mobiles: de la peinture encore, des giclées de peinture.
Ensuite (nous l’aura-t-on dit ? nous les aura-t-on montrées ? Pas de titre !), nous les distinguons, nous les reconnaissons : là, dans ce fatras vibratile, des mouettes ! (Je dis  » mouettes « , mais l’ornithologue rigoureux y reconnaîtrait peut-être des goélands. Ces deux volatiles appartiennent, nous dit-il, au groupe des Lariformes. Des formes hilares ?). De mouettes, notre ciel mental en est plein : celles qu’on a vues en Normandie ou en Bretagne ; celles qu’on nous a données à voir (Boudin, Braque, Matisse, De Staël…) ; celles qu’on nous a données à lire (Rimbaud :  » Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds « ). Celles d’Olivier Jung apparaissent par des éclaboussures d’orange et de blanc sur fond bleu. Trait noir à la hâte. Elles sont empanachées, en bande, en colonie. Dit comme ça, ça a l’air simple. Or elles décollent, elles volent, elles fondent en piqué. Ça ne pose pas, une mouette. Ça ne prend pas de pause. Le vent les porte, elles luttent, se jouent de lui. Allez peindre du vent et du vol sans les trahir ! Le bleu du ciel en est secoué.
Froissé. Noirci par un envol, blanchi par un coup d’aile, scarifié par un coup de bec. Parfois du jaune, en flaques.  » Des lichens de soleil et des morves d’azur « . Parfois du rouge, en coulures ou en stries. C’est féroce. Ça peut saigner, jusqu’au carnage. Alors, c’est fête, fête du sang et des pigments qui se mélangent, un beau tohu-bohu d’éclaboussements d’ailes et d’écumes qui font éclater les lignes enchevêtrées. Calligraphie du bond et du festin.
Et c’est aigu jusque dans l’oreille. Car elles piaillent, les hilares, elles se chamaillent, chahutent, chuintent, sifflent, rient : pas besoin d’être ornithologue pour savoir que les mouettes sont rieuses et les goélands railleurs. Il suffit d’écouter et de voir. Regardez leur oeil noir, d’ailleurs : il est narquois. Chez ces petites sauvages, il y a de la malice, du défi hautain jusqu’au grotesque. Ici ou là, ivre d’espace sans doute, la mouette ressemble à un Schadock qui louche. Et chez Olivier Jung, il y a manifestement du pied de nez : une manière virtuose et désinvolte de tout à la fois prendre et lâcher, de peindre sans encager. De l’Ensor en oiseau criard. Du De Kooning qui sent la mer grise et le varech. Serait-il aussi du côté des rieurs ? De ceux qui, par politesse, en ont pris leur parti avec le modèle qui échappe, le temps qui file, la vie qui s’absente ? Carpe diem.
Telle est la rencontre des mouettes et du peintre. De la peinture en vol et du vol de peinture. Un rapt et un ravissement. La mouette ici n’est pas un symbole (voyez l’Albatros baudelairien) mais un motif agaçant, fuyant, insaisissable, joueur, désirable: un complot de couleurs. En somme, une palette. Il convoque tous les sens, appelle le corps jaloux, sollicite la vitesse du bras pour une lutte suave qui ressemble à l’amour. Ce paquet de plumes entre air et eau défie les poils du pinceau, qui est comme renvoyé aux mêmes matières. C’est un libre motif qui invite à la liberté, à la légèreté, à une sorte de jazz aléatoire de la couleur et du trait pour inventer, comme chez tous les peintres, l’exacte surface où le monde sensible et la peinture sensuelle frottent. Qu’Olivier Jung en vienne à changer de motif, l’alacrité de cette peinture mélodique, heureuse jusque dans son inquiétude, reste la même faisant jouir l’œil de la peinture, elle dit la jouissance d’être au monde auquel elle nous renvoie.

Par Philippe RENAULT

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