Né en 1953, vit et travaille en France

Au cours d’une enfance solitaire et rêveuse Didier MASSARD s’est nourri de lectures d’imagination et d’aventures telles Jules Verne et s’est abreuvé à la source de l’histoire de la peinture. Cela l’a conduit naturellement au choix, tel Joseph de Maistre en littérature, d’effectuer des voyages intérieurs.
« C’est en construisant et en photographiant des dioramas en atelier que j’effectue mes voyages imaginaires, à la frontière du faux et du vrai, entre réalité et rêve, et vice versa ».

Oeuvres

Expositions & foires



Vidéos

Exposition "Didier MASSARD et Tim HALL - Vers un ailleurs, Photographies"


Biographie

1975 : Baccalauréat / Etudes d’Art et d’Archéologie à l’Université de Paris-Tolbiac.

EXPERIENCES PROFESSIONNELLES
Depuis 1993 : Développement séries de prises de vue de décors miniature entièrement construits en studio.
1975-1999 : Photographe professionnel. Commandes pour Vogue, Traveler, Elle, l’Oréal, Air France, Chanel, Christofle, Thompson, Hermès, Cartier.
Commandes pour divers théâtres nationaux français.
1974-75 : Assistant d’Henri Langlois, Directeur de la Cinémathèque française.

EXPOSITIONS  DANS LES MUSEES
2012 : La Conciergerie, Paris ;  MUba, Tourcoing
2011: Museum of Arts and Design, New York, USA
2008: Musée de la Gaspédie, Canada
2007 : Château de Fougères-sur-Bièvre, France
2003 : Las Vegas Art Museum, USA
2002 : The Parrish Art Museum, Southampton, Ang.

EXPOSITIONS PERSONNELLES
France : Paris (Galerie Pierre Passebon, Galerie Beaudoin Lebon, FNAC  Etoile, Galerie du Passage) ; Evry (Théâtre de l’Agora)
Belgique : Bruxelles (Galerie le café français)
Espagne : Barcelone (Galerie Hartmann)
Etats Unis : New-York (Julie Saul Gallery, French Institute); Los Angeles (Stephen Cohen Gallery, Paul Kopeikin Gallery) ; Boston (Robert Klein Gallery) ;  Sheboyan (John Michael Kohler Arts Center)
Suisse : Genève (FNAC) ; Portugal : Braga

EXPOSITIONS COLLECTIVES (sélection)
France : Paris (Galerie ARCTURUS, La Conciergerie, Lumière, ville d’Evian, Galerie Piltzer, Œuvres du Fonds National d’Art Contemporain) ; Biarritz (Palais Bellevue)
Etats Unis: New York (Galerie Baudoin Lebon, Ariel Meyerowitz Gallery, Yancey Richardson Gallery , Julie Saul Gallery Ariel Meyerowitz Gallery, Malborough, Nicole Klagsburn Gallery Chelsea) ; Chicago (Carol Ehlers Gallery) ; Las Vegas (Art Museum) ; Kansas City (Society of Contemporary Photography); Santa Fe (Photo-Eye Gallery, CMC Gallery)

Portugal : Braga
Pays-Bas : Groningen (Noorderlicht Photofestival)
Suède : Göteborg (Hasselblad Center

FOIRES
Belgique : Fotofever Bruxelles
Etats-Unis :  Armory Show, New York ; Summit Art Center, Missouri
France : Paris Photo ; Photomed, Toulon
Pays-Bas  : Noorderlicht Photofestival, Groningen

COLLECTIONS PUBLIQUES
Etats-Unis : Bloomingdales, New York ; Citibank, New York ; Davis, Polk and Warwell, New York ; Deutsche Bank, New York ; The Equitable Corporation, New York ; U.S Trust, New York ; Frederick Weisman Foundation, Los Angeles ; Museum of Fine Arts, Houston ; SEI Invetsments, Pennsylvanie ; The Progressive Corporation, Cleveland
France : Collection FNAC, Paris ; Fonds National d’Art Contemporain, Paris ; GDF-Suez, Paris ; Collection Hermès
Portugal : Banco Espirito Santo, Lisbonne
Suisse : Musée l’Elysée, Lausann

BIBLIOGRAPHIE
2011: Otherworldly optical delusions and small realities, exhibition, Museum of Arts and Design, NY
2010 : Le bestiaire imaginaire, catalogue d’exposition Paris   Lumière,ville d’Evian. Skira, Flammarion
2008 : Artifices, monographie, Ed Gourcuff Gradenigo, Paris.
2006 : Déambulations II, Philippe Le Guillou (essai) ; « Le Royaume enchanté de Didier Massard », Ed Pygmalion, Paris.
2004 : Encontros da Imagem, catalogue d’exposition, Braga, Portugal
2002 : Images, monographie, Ed Le Passage, Paris.
2001 : Printemps de Septembre, catalogue d’exposition, Ed Actes Sud, Paris ; Noorderlicht Photofestival, catalogue d’exposition,  Groningen, Pays-Bas.
Presse – Articles (sélection) : Azart Photographies, Elle Déco USA, The New York Times, Le Monde 2, Libération, Connaissance des Arts Spécial Photo Magazine, Zurban Paris, Jalouse, Zoom International, ArtNews, The New Yorker, Le Figaro, The Kansas City Star – Los Angeles, Paris-Photo, Beaux-Arts Magazine, Palace, Review…

Presse



Textes

L’UNIVERS ENCHANTE DE DIDIER MASSARD

Le hasard m’a conduit une après-midi de février au cœur d’un monde magique ou j’allais comme chez moi. Ferronneries somptueuse ouvrant sur un parc enneigé, manège d’antan oublié dans ce même paysage de neige, pagode déserte au bord d’un lac, phare du bout du monde, moulin a vent dressé au cœur d’un domaine lacustre, roulotte délaissée dans une nature sauvage et vide qui m’évoquait irrésistiblement les étendues sans vie des films de Tarkovski, falaises abruptes à la semblance de celles que l’on peut voir lorsqu’on se dirige vers les iles du nord du monde.
Tout s’était brusquement effacé, la ville, ses urgences et ses angoisses, tout ce qui pouvait m’inquiéter alors. J’étais lavé soudain, rajeuni. Une nouvelle vie commençait au hasard de ces images géantes, le grand sphinx de sable me fixait, surgi du milieu du désert, lourd de formule d’énigmes de mystères. Les phares aussi m’attiraient, sentinelles des confins, qu’ils fussent dans la neige ou au-dessus d’eaux marines dont les reflets me rappelaient celles qui baignent les éperons rocheux de Roscoff.
De longues minutes je restai interdit devant une église gothique construite à même la pierre ocre d’un piton. Au-dessus d’un ciel bleu uniforme, des montagnes brunes occupaient l’arrière-plan. L’église sur un piton semblait jaillir des eaux. Quels pèlerins pouvaient bien s’y risquer, au prix de quelles douloureuses escalades ? Quel sacrifice pouvait-on célébrer dans ce sanctuaire inaccessible ? D’autres images naissaient, celle d’arrière-pays vertigineux peuplés de présences sauvages, celle d’une église de la fin des temps, sans pérégrin ni artifice.
Aux étendues sableuses ou neigeuses succédaient des paysages très verts, des feuilles dorées jonchaient les berges d’un lac d’automne, des cèdres splendides, chevelus, plein de résine avaient poussé sur des rocailles ou il n’y pas été surprenant de rencontrer les guetteurs hyperboréens des tableaux lunaire de Caspar David Friedrich, les ailes du moulin des polders tournaient sous un ciel de tourmente, le regard s’arrêtait au damier des bassins entourés d’herbes hautes…
J’allais de l’une à l’autre de ces images, apaisé, captivé. Une magie m’emportait chaque fois, c’était un monde de visions, de merveilleuses images sorties de l’enfance et du songe. L’œil ne rencontrait jamais de présences humaines. Tout à côté de la roulotte, dans la steppe si verte qui avait quelque chose des obsessions paysagères de Tarkovski, un cheval se découpait à la lisière de l’horizon. Les nomades étaient partis. Il ne brulerait plus de hérissons dans les foyers de pierres tout près de la roulotte…
Les images de Didier Massard avaient suscité cet enchantement rare qui vous raccorde en un instant au filon enfoui des hantises essentielles. Il fallait être enfermé depuis bien des mois dans un grenier ou dans un laboratoire d’alchimiste pour engendrer pareilles visions. Il devait falloir des étés et des hivers de réclusion et de solitude, des hivers surtout, loin de la ville, de sa précipitation, de ses fausses grandeurs-loin du regard des adultes.

Un nouveau hasard, à quelque temps de là, m’a permis d’entrer dans le cabinet secret du photographe. Et c’est bien ce que je pressentais : jamais Didier Massard n’avait porté ses pas jusqu’à l’Egypte, jusqu’à la Finlande, jusqu’au Japon, jusqu’à la Hollande des polders et des moulins à vent. Les grandes falaises, leurs abrupts monumentaux n’avaient existé que dans sa rêverie… il était inutile de lui demander la localisation exacte du parc enneigé, il était vain de l’interroger pour savoir dans quelle Bretagne gracquienne, dans quelle Ecosse somptueuse pouvait se trouver la chapelle du haut promontoire, celle dont on ne foulait jamais le pavage ruisselant. Il serait tout aussi inutile de demander au photographe dans quel canton de l’Egypte fabuleuse il avait assisté au surgissement du sphinx.
Tout cela n’était que décors et fééries, miniatures patiemment découpées et agencées, les arbres, les roulottes, les polders, les moulins, les roches et les chapelles étaient nées de la patience et de la passion de celui qui les avait rêvées et construites. Didier Massard n’était pas dupe des facilités et des illusions de l’universel reportage. Il ne se précipitait pas comme ses contemporains sur les routes du monde, avides d’images scintillantes, scandaleuses, tragiques. C’était autre chose, résolument, qui l’entrainait. Les sphinx, les falaises inaccessibles, les roulottes emmenées par d’invisibles bohémiens, les moulins d’un hollande féérique, les phares des veilleurs de sel et d’embruns, les parcs au manteau immaculé que ne souillait la trace d’aucun pas, les rhinocéros et les pagodes, c’était d’un autre tuf-creusé de galeries, de cryptes, de chambres oniriques- qu’il les avait extraits. Ils devaient venir des vignettes de l’enfance, des planches magnifiques du Petit Larousse illustré que l’on feuillette jusqu’à l’hallucination dans un grenier un jour de pluie, d’images projetées par une lanterne magique sur un drap tendu entre deux poutres… c’était là, dans une vieille demeure du limousin ou de Bretagne, qu’étaient apparues pour la première fois ces visions pauvres, simples, archaïque et dévastatrices. Des lectures les avaient accompagnées, Jules Verne, ses utopies, ses destinations merveilleuses… inutile de se jeter sur les routes du monde, inutile de céder à la tentation du simulacre et du faux semblant, lorsque l’on porte en soi pareil trésor. C’est affaire de patience et de féérie. C’est affaire de croyance aussi, de certitude chevillée surtout si l’on décide d’aller à contre-courant, loin des tropismes et des facilités de son époque.
Et c’était ce qu’avait fait Didier Massard, construisant, assemblant, collant les pièces de ses décors fabuleux dans un atelier retiré ou les visiteurs étaient rares, mais ou la seule présence des chapelles, des falaises, des pagodes et des cèdres suffisait. Et tout était revenu, des vignettes, des planches des romans d’aventures et des albums du Père Castor. Des après-midi pluvieuses du grenier, des enluminures envoutantes de la lanterne magique. J’avais trouvé comme un frère.

Par Philippe LE GUILLOU

MIRABILIA

Si Méliès, Lumière et Marey définissent chacun dans leur domaine une veine cinématographique, alors que Didier MASSARD se range définitivement du côté du premier. Loin de la vision documentaire et naturelle des frères lumière, tout aussi éloigné des recherches expérimentales sur le medium qui peuvent trouver en Marey un précurseur il s’inscrit bien plutôt dans la filiation magique de Méliès et, par-delà, de celle de tout un art trompeur qui prend ses racines au XVII e siècle et qui, des fantasmagories aux dioramas puis aujourd’hui aux effets spéciaux, joue du dérèglement du sens optique.
Placer d’emblée ces images sous le parrainage du magique de Méliès, c’est d’abord insister sur un travail tout entier hanté par le cinéma. Celui qui a été à ses débuts dans les années soixante-dix l’assistant d’Henri Langlois, utilise des méthodes de studio pour une œuvre spécifiquement photographique : l’élaboration minutieuse et complète d’un décor qui sera ensuite, une fois réalisé, éclairé et photographié. C’est ensuite pointer la difficulté à lui assigner une paternité d’élaboration, des affinités avec d’autres contemporains de Thomas Demand à Philippe de Gobert, ou, dans un autre registre, Charles Matton, on peine à le rattacher à un courant. Sa science du décors et de l’éclairage, tout comme un sens de la minutie le rapprochent de certains d’entre eux mais son gout du merveilleux et son peu de souci de la vraisemblance l’en distinguent.
Car c’est bien ce sens du merveilleux qui frappe de prime abord dans l’œuvre de Massard et la singularise durablement. Ces photographies sont autant de mirabilia, de choses à regarder avec émerveillement, dans une admiration exempte de toute crainte. Ces lieux intemporels, à l’imprécision géographique, renvoie à un univers naïf dans lequel le surnaturel aurait droit de cité. Certes on y trouvera pèle mêle nombre de références picturales au premier rang desquelles le Romantisme allemand et plus singulièrement celle de Caspar David Friedrich, dont bien des thèmes récurrents (étendues désertes, motifs isolés, clairs obscurs, soleils blafards) sont très explicitement cités ici et là : La Cascade évoque ainsi Le Ravin d’Utterwald, comme la Cathédrale rappelle La Ville au Clair de Lune, pour ne prendre que deux exemple parmi d’autres. Mais ce réalisme magique, le merveilleux photographique de Massard le réinterprète de manière tout à la fois extrêmement sophistiquée techniquement et volontairement naïve esthétiquement, en proposant une version onirique, non dénuée d’un humour qui l’apparente parfois au kitsch- ce dernier étant d’ailleurs très lié à une certaine esthétique picturale héritée du XIX e siècle.
Ne prenons donc pas ces images pour argent comptant. De même que le conte de fées renvoie à sa propre folie, de même les images de Didier Massard ne cessent de pointer leurs propres impossibilités, de nier leurs simulacres virtuoses, par la mise en scène extrêmement calculée d’espaces forcement invraisemblables : trop jolis, trop lisses ou trop parfaits. Des utopies, des non-lieux qui renvoient à un monde de carton et pacotille, semblables finalement en cela à ces « diapositives claires et brillantes, aquariums de l’exotisme et du passé » évoqués par Walter Benjamin à propos des panoramas du XIX e siècle.
Si Massard se révèle soucieux dans ses agencements, ses constructions et ses éclairages, de justesse optique, c’est en vain pourtant qu’on verrait en lui un artiste du trompe l’œil désireux d’atteindre une quelquonque vraisemblance. Les lieux qu’il conçoit – on peine à trouver un autre mot- sont imaginaires : l’image le montre, le titre des séries le dit. On le sent bien davantage préoccupé de croyance. A l’instar du conte les images de Massard attendent de leur spectateur que les bizarreries et les données extraordinaires qu’elles exposent soient acceptées comme allant de soi. Personne des lors ne s’étonnera de la présence d’une végétation incongrue, d’une architecture déplacée, ou d’une perspective hors échelle. Ses paysages, véritables pays d’illusions, sont les territoires lointains et magiques de l’enfance, ceux finalement d’un merveilleux intérieur plus que l’indice d’un au-delà. On pense aux propos de Breton de Le Manifeste du surréalisme : « le merveilleux est toujours plus beau, n’importe quel merveilleux est beau, il n’y a même que le merveilleux qui soit beau ».
Le paradoxe de ce travail est cependant de présenter un merveilleux parfaitement vrai, élaboré soigneusement et minutieusement à la manière des maquettes de théâtre par le photographe lui-même. Il est en ce sens plaisant de penser qu’en ce début de XXI e siècle, à l’heure d’une image numérique repoussant tous les possibles et le limites de la vraisemblance, Massard, dans son atelier, à l’écart, poursuit, de manière obsessionnelle et minutieuse une œuvre à contretemps : une œuvre d’instantanés rendus intemporels ; une œuvre appelant à la croyance tout en rendant cette dernière impossible ; une œuvre d’artifice qui pourtant exalte la puissance indicielle de la photographie et du « ça a été ». Fabriqué certes mais pourtant bien réel. Une œuvre de bricoleur, toute de résistance et de paradoxes.

Par Quentin BAJAC

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